L’arbre aux haricots · Barbara Kingsolver

 
La vallée de Tucson se trouvait étalée devant nous, nichée dans son berceau de montagnes. La plaine déserte qui nous séparait de la ville s’offrait à nous comme une main à une diseuse de bonne aventure, avec ses buttes et ses mamelons, les lignes de vie et de coeur des lits secs de ses cours d’eau.
 
Ce qui continuait de m’étonner dans le désert, c’est qu’il puisse abriter tant de vie. Paysanne que j’étais, je m’attendais, en débarquant dans l’Arizona, à me trouver devant une mer de dunes sans fin. Ce que j’avais appris du désert, je le tenais des vieux westerns et des dessins animés Quickdraw McGraw. Mais ce désert-ci était tout autre. On y trouvait des buissons, des arbres, des herbes, exactement comme ailleurs, sauf que les couleurs n’étaient pas les mêmes et que tout ce qui vivait avait des épines.
 
Kentucky, années 1980. Taylorvient de terminer ses études. Elle n’a qu’une idée en tête: quitter son patelin natal «où les filles commencent à faire des bébés avant d’apprendre leurs tables de multiplication». Hors de question qu’elle se retrouve enchaînée à ce bled avec mari et enfants. Elle s’achète une vieille Volkswagen Beetle 1955, dit au revoir à sa mère et prend la route vers l’Ouest. Elle roulera jusqu’à ce que sa bagnole rende l’âme.
 
Elle n’avait pas prévu que sa transmission défaillante l’obligerait à faire une halte dans l’Oklahoma, ni que cette réparation grugerait une grosse partie de ses économies. Elle avait encore moins prévu qu’à la sortie du bar où elle s’est arrêtée prendre un café, une indienne Cherokee lui déposerait dans les bras une gamine de trois ans.
 
Ne pouvant se résoudre à abandonner l’enfant à son sort, elle l’emmène avec elle. C’est à Tucson, en Arizona, qu’ils échouent. Taylor se lit rapidement d’amitié avec Mattie, la propriétaire du garage Seigneur Jésus, Pneus d’occasion, qui aide des sans-papiers guatémaltèques à passer la frontière. Elle devient la colocataire de Lou Ann et de son bébé. Cette jeune mère névrosée, laissée par son mari, voit le danger partout où son regard se pose.
 
Pour Lou Ann, vivre c’était risquer sa vie à chaque instant. Rien sur cette terre n’était totalement inoffensif. […] elle conservait les coupures de journaux qui relataient les catastrophes les plus invraisemblables qu’on puisse imaginer. Des convives paisiblement attablés dans un restaurant, décapités par un ventilateur tombé du plafond. Des bébés propulsés tête la première dans une glacière remplie de canettes de bière et noyés dans la glace fondue pendant que la famille jouait au frisbee. Une femme, mère de sept enfants, sortant d’une quincaillerie, frappée en plein coeur par un pistolet clouteur à air comprimé manipulé par erreur depuis un chantier de l’autre côté de la rue. Selon le raisonnement de Lou Ann, cela prouvait que non seulement les glacières et les chantiers étaient dangereux, mais également les quincailleries et les frisbees.
 
Grâce à sa fille adoptive et à ses nouveaux amis, Taylor trouve une nouvelle famille. L’amitié qu’elle développe avec Estevan et Esperanza, des clandestins guatémaltèques, et le dénouement de leur histoire commune permet à Barbara Kingsolver d’aborder certains de ses thèmes de prédilection: la politique d’immigration et le sort réservé aux populations autochtones Cherokee. Chez elle, les femmes ont du caractère. Libres, indépendantes, elles ne s’en laissent pas imposer. Malgré leurs blessures, malgré les difficultés du quotidien, l’espoir et l’amour dominent, faisant ressortir le meilleur des êtres.
 
Ce premier roman Barbara Kingsolver est plein de bons sentiments (un peu trop à mon goût), habité par des personnages attachants. Un hymne à l’amitié et à la solidarité, à la fois drôle et profond. Comme la vie… À savourer pour contrer la morosité.
 
L’arbre aux haricots, Barbara Kingsolver, Rivages poche, 2014 (1985 pour la vo: The Bean Trees), 320 p.
 

Note : 2 sur 5.

© unsplash / Robert Murray

12 Commentaires

  1. deux livres avec lesquel j'ai decouvert cette auteure! j'aime beaucoup les nouvelles couverture des reeditions !! Si tu n'as pas lu : un été prodique, je te le conseil tres tres fortement !

  2. J'ai adoré les deux mais surtout le premier. Pour cette région as-tu pensé aux romans de Tony Hillerman qui se passent dans la région des four corners ?Le papou

  3. Le pitch de Les yeux dans les arbres ne m'a pas attiré plus qu'il ne faut.Qu'une Cherokee donne son enfant à une blanche… Mouais… J'avoue que c'est dur à avaler. On comprend mieux, paraît-il, dans Les cochons au paradis (que je n'ai pas lu).

  4. Je lis vite? Tu peux bien parler!J'aime aussi beaucoup le peuple Cherokee, mais c'est si peu abordé ici qu'aussi bien dire qu'il n'en est pas question. Il paraît que c'est beaucoup plus traité dans la «suite»: Les cochons au paradis.Attends d'en avoir vraiment envie avant de t'y plonger…

  5. Je n'ai lu que ''Les yeux dans les arbres'' de cette auteure et malgré que je n'ai pas détesté, je n'ai pas eu envie de renouer l'expérience. De plus, je trouve peu crédible qu'une cherokee donne son enfant à une blanche !!!

  6. Il fait partie de mes projets de lecture dans le cadre de mon road trip made in America. Tant pis pour les trop bons sentiments, je pense que ce sera une parfaite lecture de vacances.

  7. Oh ben tu lis vite dis-donc ! Et hop ton challenge va être rapidement terminé ! Je me souviens qu'en voyant le titre j'avais recherché des infos sur ce titre et j'étais presque tentée et puis non … Disons que ça peut être une lecture sympa (j'aime bcp le peuple Cherokee) mais quand j'aurais envie et que je le croiserai à la bibli ?

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