Illska · Eirikur Örn Norddahl

 
À Reykjavik, un dimanche matin frisquet, Agnes aborde Omar à la sortie d’un bar et glisse ses mains glacées sous son chandail. Ils finissent de se réchauffer sous la couette d’Agnes. Une histoire sans lendemain? Que non! Après quelques mois de fréquentation, ils décident de vivre ensemble. Ils filent le parfait amour. Et pourtant… On sait d’entrée de jeu qu’Omar va mettre le feu à leur maison et prendra la fuite, abandonnant Agnes et son bébé. Que s’est-il passé entre leur rencontre et l’incendie?
 

Originaire de Lituanie, Agnes porte en elle la mémoire familiale des pogroms et de l’extermination des Juifs. Quand la petite histoire s’entremêle à la grande… La grande Histoire commence au cours de l’été 1941, quand la moitié des habitants d’une petite ville lituanienne, sont massacrés dans une forêt. L’un des arrière-grands-pères d’Agnes est assassiné par l’autre. L’un, Juif, a connu les ghettos, les pogroms et l’extermination. L’autre était du côté des bourreaux.

Elle avait sur les bras Adolf Hitler et tous ses sbires, sans parler des quelque deux mille habitants de Jurbarkas, les deux cent mille Juifs lituaniens, les dix millions de Juifs d’Europe, les dix-sept millions de victimes du génocide et les quatre-vingts millions de morts de la guerre en l’espace de six ans.

Agnes rédige une thèse sur les mouvements d’extrême droite contemporains. Ses travaux de recherche l’amènent à rencontrer Arnor, un néonazi cultivé, orateur au charisme fascinant. La jeune femme vacille, complètement séduite par la force et la logique de ses idées. Le triangle amoureux se met en place. Agnes tombe enceinte. Qui est le père? Omar? ArnorOmar est foudroyé par la trahison d’Agnès. Sa réaction est aussi violente que le dégoût qu’il éprouve. Il met le feu à leur maison, roule jusqu’à Keflavík et quitte l’Islande. Il se traîne à travers l’Europe, avec pour étapes des lieux dédiés à la mémoire de l’Holocauste. Au-delà de la douleur causée par la trahison d’Agnes, il ne peut admettre que son amant soit un néonazi. Sa quête le conduit dans la ville natale d’Agnes, où la population juive a quasiment disparu. Impossible d’en dire plus!

Le roman de Norddahl est extrêmement ambitieux, atypique, souvent déconcertant. L’originalité de son récit est d’entremêler une histoire d’amour contemporaine avec des passages sur la Deuxième Guerre mondiale, l’Holocauste, la crise économique actuelle, la montée de l’extrême droite contemporaine, le tout saupoudré d’une bonne couche d’humour. Attention, il faut s’accrocher, et fort, pour ne pas se perdre. Il faut  persévérer. Norddahl  apostrophe l’Histoire, questionne, bouscule, choque, heurte, secoue. Il dévoile des pans de la vie de chacun des personnages, télescope les voix et les points de vue, martyrise la chronologie. Le résultat est vertigineux. L’histoire est dense, poignante. Heureusement, l’ironie dont use Norddahl rend les pires situations souvent comiques. Illska propose une expérience de lecture à la fois passionnante et déroutante. Une chose est certaine: ce roman ne laissera personne indifférent. C’est garanti!

Illska, Eirikur Örn Norddahl, Métaillié, 2015, 608 p.
 

Note : 3 sur 5.

© unsplash / Tim Trad

16 Commentaires

  1. Je sors tout juste d'une expérience de lecture particulièrement éprouvante, je ne suis pas certain d'avoir envie de me replonger de suite dans une narration alambiquée et trop ambitieuse.

  2. Hou Hou, mais qu'est que c'est que cette histoire de mains froides sous un chandail …. Bon je vais le lire parce que tout cela inquiète le p'tit duc 🙂 @bientôt, Grybouille du \ »Léa Touch Book\ ».

  3. Comme je te l'ai déjà dit, il est sur ma PàL – donc j'ai survolé ton billet pour ne pas être troublée ! La couette ? Déjà ?? il fait encore beau et bon par ici !!!! Ma québécoise préférée m'annonce-t-elle un hiver rude ???!

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