Histoires de famille · Pelle Forshed


Pelle Forshed est auxiliaire de vie – par chez nous, on parle plutôt de préposé aux bénéficiaires. Il se rend au chevet de personnes dépendantes – des vieillards pour la plupart -, pour les nourrir, les laver, faire leurs courses et passer le torchon. Pas très jojo comme sujet, j’en conviens.

Pelle n’est ni un héros, ni un être débordant de compassion. C’est un Suédois moyen qui, pour lui, fait un métier comme un autre. Avec Histoires de famille, c’est un quotidien rarement évoqué dans l’univers de la bande dessinée qui est évoqué. L’ingratitude du travail, la dépendance, la solitude, la décrépitude et le suicide sont ici présentés sans fard, sans pathos.


Pelle Forshed maîtrise parfaitement bien son sujet, ayant lui-même été auxiliaire de vie pendant plusieurs années. Les récits d’anecdotes, sans doute inspirés de faits réels, et les réflexions sur le métier de soignant s’enchaînent. Sont évoqués tour à tour les relations difficiles avec la famille, les plaintes pour maltraitance, le désarroi des proches qui sont partagés entre l’impuissance et la culpabilité, le désir d’abréger une vie rendue trop douloureuse… Les diverses intrigues sont amenées dans des tonalités différentes: du récit psychologique (Eau bouillante) au suspense (La famille), en passant par un troublant récit de dernier souffle (Noir et blanc). À tout moment, les instants cocasses et les situations gênantes alternent.

Histoires de famille est un livre d’une rare profondeur. Pelle Forshed pose, avec une grande qualité d’observation et beaucoup de doigté, un regard à la fois tendre et drôle sur la fin de vie, une vision tragi-comique de la vieillesse, entre humour et gravitéAvec des airs de simplicité, le dessin sans flafla, minimaliste à l’excès, regorge de petits détails, apportant une force inouïe à ces nouvelles dessinées. Histoires de famille est une bd qu’il serait impardonnable de snober, ne serait-ce que par sa thématique, qui en fait un incontournable.

Histoires de famille: huit nouvelles dessinées, Pelle Forshed, L’agrume, 140 pages, 2015.

  1. Tu me rappelles les années où j'ai travaillé dans le domaine de la dépendance dont les services d'aides aux personnes âgées et je connais très bien tous ces éléments, de la culpabilité, aux plaintes, à l'isolement, etc. Le livre a l'air de bien reproduire tout ça et le dessin est très épuré, sobre. Je le note car il me donne très envie de le lire même si le sujet peu effectivement rebuter certains.

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