Les nuits de laitue · Vanessa Barbara


Ada et Otto vivent dans une petite maisonnette jaune perchée en haut d’une colline. Depuis le temps qu’il partage leur vie, sans enfant ni animaux, ils ont fini par se ressembler et par développer une même passion pour le chou-fleur à la milanaise, le ping-pong et les documentaires animaliers.

Si Otto est un misanthrope, Ada, elle, participe activement à la vie sociale du village, se rendant aux réunions de quartier, toujours prête à rendre service. Elle recueille les confidences de son entourage et connaît tous leurs petits secrets.


À la mort d’Ada, Otto se retrouve seul. Il reste avachi dans son fauteuil, emmitouflé dans sa couverture à carreaux, entouré de romans noirs. Il est bien décidé à rester dans sa maison remplie de souvenirs. De fil en aiguille, cet homme taciturne qui adore «les histoires de meurtres embrouillées, les films noirs et les polars sanglants» en vient à penser que ses voisins lui cachent quelque chose. Luttant contre les insomnies à grandes gorgées de tisane de laitue, il décide de mener sa petite enquête, à l’affût des bribes et bruits qu’il capte ici et là.

Autour de lui, les voisins continuent leurs bizarreries. Et quel voisinage… Entre Nico, le préparateur en pharmacie obsédé par les effets secondaires des médicaments, Aníbal, le facteur fantasque et M. Taniguchi, le vétéran japonais persuadé que la Seconde Guerre Mondiale n’est pas terminée, Otto n’a pas de répit.

Chaque chapitre braque le projecteur sur un de ces personnages. Vanessa Barbera passe d’un portrait à l’autre, au gré des rencontres et des croisements, parvenant à faire monter le suspense, tout en rassemblant les pièces du puzzle qui livrera son secret dans les toutes dernières pages. Dommage que la résolution du mystère arrive comme un cheveu sur la soupe…

Le charme du roman de Vanessa Barbara réside dans sa galerie de personnages loufoques. La jeune Brésilienne passe au crible les lubies et obsessions des habitants de ce quartier tout en abordant, en sourdine et par petites touches délicates, la perte et le deuil. En jouant avec les codes du roman policier, elle présente un premier roman malicieux et caustique, à déguster sans modération, à oublier sans culpabilité.

Les nuits de laitue, Vanessa Barbara, Zulma, 224 pages, 2015.

  1. Hélène semble bien résumer aussi la lecture, tu parles de cheveu sur la soupe et elle d'intrigue policière artificielle mais le jeu de portraits à l'air pas mal du tout – c'est amusant je n'ai pas su avant la fin qu'il s'agissait d'un roman brésilien – et puis l'avis de Nadège fait pencher à nouveau la balance ! si je le croise en BM …

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