Une contrée paisible et froide · Clayton Lindemuth

Une petite bourgade paumée du Wyoming, en plein hiver 1971.À soixante-douze ans, le shérif Bittersmith, dont le grand-père a légué son nom à la ville, fait régner la loi depuis des décennies, selon des principes pour le moins douteux. Mais plus pour longtemps… Le conseil municipal a voté: le shérif est démis de ses fonctions et doit passer la main à un fougueux jeunot.
 

À vingt-quatre heures d’une retraite forcée, Bittersmith entend bien profiter de sa dernière journée. Pourquoi ne pas s’offrir une petite gâterie servie par la serveuse du café voisin, par le chantage s’il le faut? La journée risque d’être moins paisible que prévue lorsque le shérif est appelé sur une scène de crime. À Bittersmith, c’est chose rare. Le corps de Burt Haudesert, père de famille, fermier et membre de la milice du Wyoming, est retrouvé dans sa grange, transpercé par une fourche. Sa fille Gwen a disparu. La femme d’Haudesert suspecte Gale G’Wain, le garçon de ferme orphelin, lui aussi manquant à l’appel.

Il fait un temps de chien. Le blizzard n’en finit plus de souffler. Pour le shérif, chaque instant compte. Dans cette nature impitoyable qui engloutit tout, il mettra tout en son pouvoir pour retrouver Gale et Gwen.

En faisant alterner les voix de Bittersmith, personnage aussi immonde qu’immoral, et celle de Gale, sensible à l’extrême, Clayton Lindemuth retrace les fils sinueux du drame et de ses conséquences. Le huis clos est oppressant, à la mesure des secrets que les histoires croisées des personnages révèlent peu à peu.

Dans ce bled paumé, où les plus faibles sont soumis à des hommes rudes et frustres, devant lesquels il ne reste qu’à courber l’échine, la révolte est vite étouffée. Le silence fait figure de loi. Les bribes du passé offre un tableau glacial et cinglant des personnages. Chacun a ses zones d’ombre et de lumière, à l’abri de tout manichéisme.

L’atmosphère et les tensions s’épaississent à mesure que les corps tombent dans la neige en attendant d’être dévorés par les loups. Comme quoi la neige ne saurait recouvrir tous les secrets et la pourriture endémique qui règne dans ce patelin.

Une contrée paisible et froide se révèle un polar rural d’une force implacable, à l’écriture envoûtante, à l’univers viril, sauvage. Pour Clayton Lindemuth, c’est une première incursion dans l’univers du polar. Une incursion réussie haut la main.

Une contrée paisible et froide, Clayton Lindemuth, Seuil, 2015, 342 p.
 

Note : 4 sur 5.

© unsplash / Alexandre Dinaut

14 Commentaires

  1. Hon hon hon Marie-Claude, j'ai déjà une pile énorme qui m'attend depuis mon retour et voilà que tu en rajoutes!!! Je sais, je n'ai qu'à ne pas venir mais sirop ton petit chez-toi est tellement bien qu'il est impossible de ne pas y venir. Bon tout ça pour te dire que je note aussi celui-ci.

  2. Super, l'idée de faire concorder ses lectures aux saisons! Ça me dit. Surtout qu'i commence à faire «ben frette icitte»! Du coup, je risque de me les geler cet hiver avec mes 5-6 romans qui se passent en Alaska et dans le Nord du Québec!

  3. Tu devrais grandement apprécier. Attention, cependant, à ne pas être rebuter par le langage des premières pages. La vulgarité, ou plutôt le ton m'a rebuté, et puis… à toi de découvrir la suite!

  4. Je l'ai ajouté il y a quelques jours sur ma liste de livres à lire pendant l'hiver. J'aime bien faire concorder mes lectures aux saisons et j'adore l'hiver 🙂 Je suis contente de lire ton avis, ça l'air bien!

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