Bord de mer · Véronique Olmi

Une mère élève seule ses deux garçons. Une mère au bout du rouleau, épuisée, exténuée. Elle dort, dès qu’elle le peut. C’est que son présent est trop lourd à porter. Il l’assomme. Les assistantes sociales et le psychiatre sont aux aguets, mais ils ne comprennent rien au désespoir. Seuls ses gamins Stan et Kevin ont le pouvoir de la retenir au monde. Vient une envie subite, inattendue: tout laisser derrière et partir deux jours à la mer.
 

Ça faisait un drôle d’effet de quitter la ville, de la laisser pour aller dans un endroit inconnu, surtout que c’était pas les vacances, et ça, ça trottait dans la tête des gosses.

Avec ses petites (si petites) économies au fond des poches, la mère et ses fils quittent leur cité. Ensemble, ils prennent le car. En pleine nuit, sous la pluie. Surtout ne pas se faire remarquer. Ils échouent au sixième étage d’un hôtel, sous les toits, dans une petite ville balnéaire. La chambre est miteuse, minuscule. Le lendemain, sur la plage, la pluie encore, et la violence des vagues. Ils se réfugient dans un café. Là, sous le regard méprisant des hommes, elle offre à boire à ses enfants, avec ses dernières pièces de monnaie. La honte. Ils feront un détour à la fête foraine installée au bout de la ville avant de regagner l’hôtel. Les enfants sentent les choses, forcément. Le plus vieux surtout. Mais ils font confiance à la mère, malgré tout. Ils feront confiance jusqu’au bout.

Ce court récit de Véronique Olmi, son premier, est né de la lecture d’un fait divers. C’est avec un sentiment d’appréhension permanent que j’ai traversé ce roman. La tension palpable, la détresse brute, absolue. On ne sait rien de cette mère. Ni d’où elle vient ni ce qui l’a amenée là, dans ce désespoir sans fond. Que d’infimes détails ici et là. Tout ce qu’on sait, c’est qu’elle est prise en étau entre son amour pour ses enfants, sa tendresse débordante et la folie qui frappe à la porte. 

Ça s’est mis à parler tout seul dans ma tête, j’aime pas ça, c’est une sale bestiole la pensée, des fois j’aimerais mieux être un chien. Les chiens c’est sûr se demandent jamais où est leur place ni qui ils doivent suivre, ils lèvent leur truffe et tout est enregistré, calé pour toujours. Ils s’y tiennent. Les hommes manquent d’odorat, voilà le danger.

Dans une langue sèche et rugueuse, empreinte de compassion, Véronique Olmi livre une histoire tragique et bouleversante. Un roman glaçant et terrifiant. Effroyable. Un drame sans issue. Un horizon bouché.

Un roman pour les endurcis. À ne pas mettre entre toutes les mains. Si une once de déprime vous habite, fuyez sous peine d’être achevé.

Bord de mer, Véronique Olmi, Babel, 2003, 144 p.

Note : 4 sur 5.

© unsplash / Marten Bjork

20 Commentaires

  1. Je l'ai lu celui-là. Et je reconnais que c'est un truc à part. Ça te prends les tripes, ça te le remue, ça te les sort. D'une intensité dramatique rare, sans concession. Un livre fort, inoubliable même (et cela doit faire plus de 10 ans que je l'ai lu). Si j'avais pu fuir avant les dernières pages…

  2. Pas évident d'écrire ce billet sans trop en révéler… Si tu as la chance de mettre la main dessus, n'hésite pas, mais choisis un bon moment pour y plonger. Il se lit d'une traite, en quelques heures, mais obsède longtemps…

  3. Trop glauque pour toi? Ça se peut, ça? Tu m'étonnes, là. Je ne peux rien dire du fait divers. Mais je pourrai confirmer ou non ton intuition dans… bientôt tout juste un mois!

  4. Tiens, c'est intéressant comme point de vue. Devant la puissance de ce roman, tu crains d'en ouvrir un autre de crainte d'être déçue ou d'être trop longtemps habitée?

  5. À ce que je vois, tu as la couenne dure!C'est le deuxième roman de Véronique Olmi que je lis, et ce fut deux excellentes révélations. Je poursuivrai la découverte de son oeuvre, quoiqu'à petites doses.

  6. J'ai un fait divers en tête et si c'est celui-ci, je préfère passer mon chemin ! Mais comment ce livre t'est-il tombé entre les mains ? Bon, un peu trop glauque pour moi !

  7. Un court roman que j'ai lu il y a des années (sur les conseils d'un blog, si je me souviens bien) et c'est un texte qui depuis hante toujours un coin de mon esprit. C'est très fort, très dur mais très lumineux par moment aussi. Une vraie réussite.Je vénère tellement ce texte que je n'ai encore jamais ouvert un autre roman de V. Olmi depuis (bien que j'en ai acheté plusieurs qui attendent toujours que je passe outre mes appréhensions).

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