Mille femmes blanches · Jim Fergus

En septembre 1874, à Washington, un marché saugrenu (et odieux) est conclu entre le chef cheyenne Little Wolf et le président Ulysse S. Grant. En échange de mille chevaux, le président s’engage à «prêter» mille femmes blanches afin de les marier aux hommes de la tribu pour favoriser leur intégration parmi les Blancs et assurer la descendance du peuple. Ces femmes, recrutées sur une base volontaire, vivront deux ans parmi les Cheyennes, après quoi elles seront libres. Le premier convoi de femmes est recruté dans le Nebraska. Certaines sortent de l’asile, d’autres de prison, d’autres encore veulent changer de vie ou fuir un présent misérable.  

Parmi ces femmes se trouve May Dodd. Trop moderne, trop émancipée pour la bonne famille dont elle est issue, elle a été arrachée à ses deux enfants nés d’une union illégitime avec un homme d’un rang inférieur au sien, et envoyée de force à l’asile. Le marché avec les Cheyennes est pour elle un moyen d’échapper à son sort et de retrouver ses enfants. May rédige des carnets pour eux, au cas où elle ne les reverrait jamais. Elle y consigne ses impressions, ses rencontres, son quotidien, ses amitiés et ses amours. 

Il me vient la curieuse impression que nos vies personnelles ne sont pas les chapitres d’un même livre, mais des volumes entiers, détachés et distincts. Et, pour cette raison, je commencerai demain un nouveau carnet, un nouveau volume donc, qui aura pour titre Ma vie de squaw.

Le rapprochement forcé entre les femmes blanches et les Cheyennes entraîne un attachement sincère et réciproque. Tout n’est pas rose pour autant… Les problèmes ne manquent pas: tensions entre les différentes tribus, disparition rapide des bisons, Grant qui ne remplit pas sa promesse… Sans compter l’Agence indienne qui impose à la tribu de se sédentariser. Tout tourne au vinaigre. L’extermination est en marche… Pas besoin d’ajouter que ça finit mal. D’ailleurs, n’était-ce pas perdu d’avance?  

Le premier roman de Jim Fergus a fait un malheur et je comprends très bien pourquoi. L’intrigue contient tous les ingrédients d’un bestseller: un rythme haletant, des personnages hauts en couleur, des bons et des méchants et un contexte historique «exotique» à souhait.   J’ai pris un malin plaisir à faire le voyage avec ces femmes et à découvrir le mode de vie des Cheyennes du 19e siècle.

L’idée de transmettre l’histoire de May par ses carnets s’avère un excellent choix narratif. L’adaptation au milieu, la dureté de la vie, la solidarité, les peines, doutes et joies… tout passe par les yeux de May, apportant au roman un côté intimiste.

La fin du roman est terrible… Au final, les plus «sauvages» ne sont pas ceux qu’on dit.   Jim Harrison à écrit, à propos de Mille femmes blanches: un «livre splendide, puissant et exaltant». Je ne saurais mieux dire! Un roman inoubliable, peuplé de personnages plus grand que nature.

Au fond, plus ça change, plus c’est pareil… Ce n’est pas d’hier que les Indiens sont traités comme des indésirables. Déjà, à la fin du 19e siècle, les Blancs voulaient les parquer dans des réserves afin d’avoir le champ libre pour exploiter leur territoire et le vider de ses ressources. On n’a qu’à lire l’actualité pour réaliser à quel point les choses n’évoluent pas. Pensons aux Sioux de Standing Rock ou aux Innus de la Côte-Nord… May Dodd aurait pu écrire ces mots aujourd’hui même: «Le contact de la civilisation blanche n’a réellement apporté à ces pauvres âmes que la ruine et le désespoir.» Est-ce mieux aujourd’hui? Sous le calme apparent, les tensions demeurent omniprésentes. Comme quoi, plus ça change, plus c’est pareil… 

Mille femmes blanches, Jim Fergus, trad. Jean-Luc Piningre, Pocket, 2011, 512 p.

Note : 3 sur 5.

© Steven Lang

  1. Dans le même esprit, je te conseille \ »L'envol du moineau\ » de Amy Belding Brown que je viens de terminer. Beaucoup m'ont suggéré de lire \ »Mille femmes blanches\ », et après avoir lu ton billet , je suis convaincue. Merci pour cet avis si enthousiaste 😊

  2. COUCOU ,ah oui j'avance !! j'ai lu plus de 150 pages et je me régale encore une fois …et puis MOLLY et HAWK ♥ ♥ ♥ et ce sale SEMINOLE…bref c'est juste passionnant !MYMY

  3. Il n'est pas absolument nécessaire de passer par \ »Mille femmes blanches\ » avant d'en arriver à \ »La vengeance des mères\ ». Toutefois, ce serait te priver d'un très agréable moment de lecture… Le cadeau Pandora pour ta douce étant réglé, ça te laisse un peu de temps…!

  4. Non finalement je suis allée voir REPARER LES VIVANTS au ciné…bouleversant mais j'ai hâte de retrouver les jumelles KELLY !bonne lecture MYMY

  5. Il fallait bien que je me désennuie pendant que tu étais à Montreuil!Je sais qu'il s'agit d'un de tes romans préférés et je suis tout aussi excité que toi de l'avoir autant aimé. Un gros coup de coeur. Je suis plongée dans la suite. Tu la liras?

  6. Je me souviens quand il est sorti en France (ma mère le lisait) mais comme toi, à l'époque les histoires d'indiens ne m'intéressaient pas du tout… aujourd'hui j'ai vraiment très envie de le lire !!

  7. Ah, je m'absente quelques jours, et tu en profites pour faire la révolution sur ton blog! (D'habitude, ce sont les français qui font ça…) Cette nouvelle bannière sent Noël, chouette! A part ça, je suis heureuse, que dis-je, je suis excitée comme une puce que tu aies adoré ce livre qui est, comme tu commences à le savoir, l'un de mes livres préférés de ma bibliothèque idéale, c'est dire!

  8. Rholalala moi aussi je finis ma lecture en cours et hop !sous la couette ,je me plonge dans LA VENGEANCE DES MERES …trop hâte ! et tu as tout à fait raison !\ »Plus ça change, plus c’est pareil\ ».Bonne lecture MYMY des cousines de lectures

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