Rentrée littéraire · hiver-printemps 2017 · repérage · suite

Je me trouvais assez raisonnable avec vingt romans repérés en cette rentrée d’hiver. Mais voilà que les tentations continuent d’affluer et que ma liste d’envies s’allonge. Cette fois, je devrai faire des choix. D’autant plus que, comme plusieurs, je compte – très illusoirement – faire baisser ma PAL. Je crois d’ailleurs avoir trouvé la bonne technique pour y arriver: alterner une nouveauté et un roman tiré de ma PAL. Jusqu’à maintenant, ça fonctionne plutôt bien.

Alors, qu’en est-il de ces nouvelles envies?

HEIMSKA. LA STUPIDITÉ – EIRIKUR ÖRN NORDDAHL – MÉTAILIÉ

Après le stupéfiant et dérangeant Illska, je suis curieuse de lire le nouveau roman de cet Islandais. Et puis, une nouvelle dystopie,  ça me parle!

Futur proche, bienvenue dans la surVeillance: les caméras sont partout, impossible de se déconnecter. Au royaume de la transparence, tout ce qui est caché est suspect. Áki et Lenita viennent de se séparer et se vengent par personnes interposées en se livrant à toutes sortes d’expériences sexuelles sous l’œil attentif des webcams. Tous deux écrivains, ils achèvent chacun leur roman. Un roman unique. Qui fera date. À Isafjördur, le soleil de minuit commence à pâlir et les mystérieuses coupures d’électricité se multiplient, privant les habitants des joies du voyeurisme; un groupe d’étudiants en arts squatte une ancienne usine de crevettes en cultivant des projets louches; les autorités sévissent, pas toujours raisonnables. Dystopie contemporaine, Heimska est une satire vibrante de notre addiction à la vie des autres, de notre obsession de la transparence, de notre vanité sans bornes. Norðdahl passe le monde à la moulinette: l’art, l’amour et la politique sont autant d’illusions narcissiques qu’il convient de déboulonner avec une joie féroce.



UNE BOBINE DE FIL BLEU – ANNE TYLER – PHÉBUS

Un nouveau roman d’Anne Tyler? Je suis toujours preneuse.


Ils se croyaient uniques: c’était peut-être la preuve supplémentaire que les Whitshank étaient une famille comme les autres. Portrait des Whitshank, et de leur si jolie maison de Baltimore, Une bobine de fil bleu détricote sur plusieurs générations l’histoire d’une famille bien trop heureuse pour être vraie. Et qu’il s’agisse de débusquer les politesses, de chasser les faux-semblants ou de dire l’amour, la plume drôle et méticuleuse d’Anne Tyler ne laisse rien au hasard.


LA MAISON DES ÉPREUVES – JASON HRIVNAK – ÉDITIONS DE L’OGRE

Après le suicide de son amie d’enfance, un homme entreprend de poursuivre le carnet dans lequel ils avaient ensemble construit un monde imaginaire et terrible. À la fois lettre d’amour, tentative de rédemption et manuel de survie à nos pulsions autodestructrices, La Maison des Épreuves est un rêve fiévreux à ranger aux côtés de La Foire aux atrocités de J. G. Ballard et de La Maison des feuilles de Mark Z. Danielewski.  « Ce livre a juste besoin d’une sorte de bandeau – dans les librairies, dans l’espace virtuel, n’importe où  – indiquant ce qu’il a l’intention de faire: Je veux extirper de tes pires cauchemars quelque chose qui y est tapi et ne pourra plus jamais y être renfermé. »





RAPATRIÉS – NÉHÉMY PIERRE-DAHOMEY – SEUIL

Belliqueuse Louissaint, jeune haïtienne au caractère intrépide, tente une traversée clandestine de la mer des Caraïbes pour rejoindre les États-Unis. Le voyage échoue. Elle y laisse un enfant. De retour sur le sol natal, elle est forcée de s’installer sur une terre désolée, réservée par l’état aux clandestins infortunés. L’endroit est baptisé Rapatriés. Les conditions de vie dans ce lotissement de boat people contraignent Belli à un choix déchirant: elle fait adopter ses deux filles, Bélial et Luciole. Bélial vivra en France sous la tutelle de Pauline, une employée d’ONG qui voit en l’enfant une nouvelle raison de vivre. Quant à Luciole, elle disparaît dans les vastes confins de l’Amérique du Nord. Plus tard, l’une des deux jeunes filles reviendra en Haïti, mais quand se présentera le moment des retrouvailles, un ultime exil aura marqué leur mère.




LOIN DE LA VIOLENCE DES HOMMES – JOHN VIGNA – ALBIN MICHEL

Un nouveau recueil de nouvelles publié dans la collection «Terres d’Amérique»? Un nouvel auteur canadien? Impossible pour moi de passer à côté!

Avec ce premier recueil de nouvelles, le jeune auteur canadien John Vigna dresse un portrait bouleversant de la condition humaine dans un monde où la brutalité prend le pas sur la raison et où les mauvaises décisions partent toujours d’une bonne intention. Saisis dans leur rôle de mari, d’amant, de père ou de frère, ses personnages poursuivent sans relâche leur quête d’un bonheur incertain. Doué d’une empathie sans failles pour ces héros du quotidien, John Vigna instille de la beauté et du mystère dans des existences qui pourraient sembler banales ou ordinaires, et il s’impose comme une vraie découverte littéraire.



LES MARCHES DE L’AMÉRIQUE – LANCE WELLER – GALLMEISTER


Aux confins de l’Amérique, au milieu du XIXe siècle, dans cette région troublée par d’incessants heurts entre Mexicains et Américains, un chariot poursuit sa route. Aux rênes, Pigsmeat et Tom, deux amis de longue date, se pardonnent l’un à l’autre les massacres auxquels ils ont pris part et tentent d’oublier leur sinistre réputation. Ils escortent Flora, avec sa beauté prodigieuse et son regard fier que n’ont pas réussi à briser des années d’esclavage. Tous trois ont pris la route du Mexique pour accomplir la vengeance de cette femme: aller présenter à l’ancien maître de Flora le corps de son fils unique conservé dans un cercueil empli de sel. Ainsi avancent ces trois victimes malgré elles de la violence d’un monde en construction. Dans ce roman qui emporte son lecteur de la première à la dernière page, Lance Weller dénoue le fil de ces destinées inoubliables pour nous parler d’humanité et de barbarie.



NEW YORK ODYSSÉE – KRISTOPHER JANSMA – RUE FROMENTIN

31 décembre. Plusieurs amis, inséparables depuis l’université, se retrouvent pour fêter ensemble l’année à venir. Sara, journaliste débordée, son compagnon Georges, brillant astronome, Jacob, écrivain, poète et infatigable grande gueule, William le banquier d’affaires et Irène, jeune femme charismatique, artiste peintre et centre névralgique de la bande. Ils ont 25 ans. Ils vivent depuis peu à New York et attendent tout de cette nouvelle ville, de cette nouvelle vie. Mais l’année à venir en décidera autrement. Dans les mois suivants, la maladie d’Irène bouleversera leurs attentes et donnera une direction complètement différente à l’existence de chacun. Kristopher Jansma signe un roman juste et sensible sur le deuil, qui dresse un superbe portrait de groupe avant de basculer vers le drame intime de chaque personnage. New York Odyssée est également un roman à l’ironie subtile, à l’humour élégant, qui cerne parfaitement les hésitations d’un âge et les dégoûts d’une génération. Enfin, Kristopher Jansma livre un grand roman sur le New York d’aujourd’hui, loin des clichés. On y retrouve la fascination du Woody Allen de Manhattan mêlée à la mélancolie amusée de Wes Anderson et à la précision réaliste d’un Jay McInerney.


LES ATTENTIFS – MARC MAUGUIN – ROBERT LAFFONT

J’aime beaucoup l’oeuvre d’Edward Hopper et l’idée à l’origine de ce recueil m’intrigue… 

Une comédie humaine sensible et grinçante inspirée des tableaux d’Edward Hopper. Le premier ouvrage à paraître dans la nouvelle collection «Les Passe-Murailles». Au coeur de l’Amérique des années 1930-1960, les personnages de douze tableaux d’Edward Hopper se croisent de manière inattendue. Un faisceau de solitaires, d’ambitieux redoutables, d’amants, de mères cruelles, de fantômes, de femmes mélancoliques et de rêveurs impénitents, tisse une comédie humaine grinçante et sensible. Marc Mauguin explore les âmes et saisit des instants de vie suspendus avant qu’une décision ou un accident ne vienne en modifier le cours. Sous sa plume, aussi originale que puissante, les toiles s’animent et nous aspirent.



Et au Québec, asteure…

LA FAMILLE WINTER – CLIFFORD JACKMAN – ALTO

Aux pires heures de la guerre de Sécession, une poignée de soldats se reconvertissent en une sinistre fratrie : la Famille Winter. Il y a Quentin le psychopathe, les frères Empire qui rivalisent de cruauté et de bêtise, Fred, l’esclave qui a repris sa liberté à coups de hache et, à leur tête, l’insondable Augustus Winter, dont le regard d’ambre glace le sang. Parcourant le territoire sauvage des États-Unis du XIXe siècle, de la campagne livrée au pillage aux rues de Chicago gangrenées par la corruption, les mercenaires de Winter tantôt défendent les avancées de la civilisation et tantôt s’y opposent farouchement, laissant dans leur sillage plus de morts que de vifs. Épopée nihiliste à cheval entre le western et le roman noir, cavalcade brillante comme le canon d’un fusil, La famille Winter vous précipite dans les zones obscures de la nature humaine pour affronter ses contradictions et contempler toutes ses violences.


CALIFORNIE 1901 – CLIFFORD JACKMAN – ALTO


À partir du 21 février prochain, il sera possible de lire gratuitement, sur le site des éditions Alto, la version numérique de cette novella signée Clifford Jackman. À ne pas manquer!


Un vieil homme au visage brûlé que tous croient mort débarque dans une ferme californienne pour y dénicher du travail. Jack Miller l’accueille à bras ouverts, malgré les mauvais pressentiments de son épouse. Le passé du survenant au regard d’ambre ne tarde pas à le rattraper et pour le fermier, dont le beau-frère contracte des dettes de jeu dans le Chinatown de San Francisco, les problèmes ne font que commencer. Plus inquiétant encore, le vieil homme, qui a toujours soif de violence, décide de s’en mêler. Californie 1901, une novella survoltée et rageuse, chronique l’agonie d’une époque à l’aube d’un nouveau siècle où, profitant des trouées d’ombres, certains règlent leurs comptes à l’abri des lois.




LES ÉGARÉS – LORI LANSENS – ALTO


Cinq jours, quatre randonneurs, trois survivants… Le jour de son dix-huitième anniversaire, Wolf prend le téléférique pour atteindre le sommet de la montagne surplombant Palm Springs, avec en tête le projet de se jeter dans le vide. Mais, en chemin, il rencontre trois femmes: Nola, qui a décidé de souligner son anniversaire de mariage malgré le décès de son mari, Bridget qui s’entraîne pour un triathlon, et Vonn, en pleine crise d’adolescence. Ces trois âmes brisées lui sauveront la vie chacune à leur manière. Une série de maladresses les précipiteront au milieu des bois. Égarés, ils devront faire des sacrifices, surmonter l’angoisse et l’affolement, affronter la faim, le froid, mais aussi les véritables raisons qui ont guidé leurs pas jusqu’au cœur de cette montagne. Célèbre pour la richesse de ses portraits et la poignante humanité de ses personnages, l’auteure des Filles et d’Un si joli visage use ici avec un doigté remarquable des mécanismes du suspense pour infliger à ce quatuor mal assorti le plus cruel des procès: celui où l’on est à la fois juge et accusé.



L’EMBAUMEUR – ANNE-RENÉE CAILLÉ – HÉLIOTROPE

L’homme dont il est question ici a longtemps préparé les morts pour une dernière exposition. Il aime le travail bien fait. Venu à ce métier à rebours des vivants par une sorte de vocation, il a accepté de répondre aux questions de sa fille et de raconter les corps. Pour plus d’efficacité, il a griffonné une liste: le pompier, le prêtre, deux jeunes filles retrouvées près d’une forêt, le métro, etc. Des dizaines et des dizaines de cas que l’embaumeur n’a pas oubliés. Anne-Renée Caillé a su faire de ces conversations avec son père un premier livre fort, sobre et profond.





Ami(e)s français et belges, il ne faut surtout pas manquer la parution de ce roman québécois qui a fait grand bruit par ici.

LA PORTE DU CIEL – DOMINIQUE FORTIER – LES ESCALES

Alors que la Guerre de Sécession fait rage, deux fillettes que tout oppose, deux destins, vont se croiser. Au cœur de la Louisiane et de ses plantations de coton, deux fillettes grandissent ensemble. Tout les oppose. Eleanor est blanche, fille de médecin; Eve est mulâtre, fille d’esclave. Elles sont l’ombre l’une de l’autre, soumises à un destin qu’aucune des deux n’a choisi. Dans leur vie, il y aura des murmures, des désirs interdits, des chemins de traverse. Tout près, surtout, il y aura la clameur d’une guerre où des hommes affrontent leurs frères sous deux bannières étoilées. Plus loin, dans l’Alabama, des femmes passent leur vie à coudre. Elles assemblent des bouts de tissu, Pénélopes modernes qui attendent le retour des maris, des pères, des fils partis combattre. Leurs courtepointes sont à l’image des États-Unis: un ensemble de morceaux tenus par un fil – celui de la couture, celui de l’écriture. Entre rêve et histoire, Dominique Fortier dépeint une Amérique de légende qui se déchire pour mieux s’inventer et pose avec force la question de la liberté.

36 commentaires

  1. Oui, \ »Les attentifs\ »… Je suis curieuse de voir ce que donnera cette nouvelle collection. C'est très prometteur, en tout cas.Je termine un petit roman de Joyce Carol Oates et plonge dans \ »La maison des épreuves\ »!

  2. Je ne sais pas si mon champ de spécialités est la littérature française contemporaine, je crois que je n'en est pas de champ de spécialités, mais en tout cas c'est gentil comme réponse ! Et j'attend donc de découvrir ce que tu vas lire de tes tentations pour être tentée à mon tour.

  3. Des mauvaises tentations?! Il y a pire, hein!Je suis impatiente de découvrir cette famille Winter.Pour \ »La maison des épreuves\ », j'ai feuilleté le roman et… c'est de très bon augure!

  4. À ça, je ne peux répondre qu'une chose: je suis sur le gros stress! Je crains les tentations en lisant ton prochain «billet craquage». Je t'en supplie, laisse passer quelques jours avant de le publier.

  5. Décidément, le post-apocalyptique a le vent dans les voile. C'est impressionnant, depuis deux ans, le nombre de romans pour grands (je ne parle pas du young adult) dont l'après «fin du monde» est la prémisse de l'intrigue… Je comprends que ça ne convienne pas à tous.

  6. Nous avons tous nos «champs de spécialités». Moi, en littérature française contemporaine, je suis nulle!Et chez toi, je fais plusieurs découvertes. Je pourrais donc aussi dire: «Moi qui croyais être une grande lectrice, ça me remet à ma place….»!

  7. Bon, bon sirop comme si nous n'avions pas assez de tentation(s) voilà que tu en rajoutes!!! 😉 Je blague mais pas vraiment car je sais déjà que ma PAL va encore engraisser.

  8. Des découvertes intéressantes là-dedans. Je n'ai lu que le Anne Tyler en anglais l'an dernier… ou l'autre, je ne sais plus. Je n'en garde malheureusement pas un grand souvenir.

  9. J'avais repéré Heimska et NY Odyssée, La porte du ciel également. Par contre tu me donnes envie pour Les attentifs (fan de Hoover depuis longtemps) . C'est sur , ma pal ne va descendre très vite non plus en ce début d'année. Bon dimanche.Titezef

  10. oh la méchante ! bon d'ailleurs JE SOUFFLE ! car j'ai repéré Anne Tyler depuis longtemps, idem pour La maison des épreuves qui m'intrigue. Tu sais pour l'auteur canadien chez Terres d'Amérique ;-)et par contre, pas vu pour Lance Weller chez Gallmeister ! ça donne faim !!!sinon pour NY Odyssée, je l'ai vu chez une journaliste très connue puis en librairie (je l'ai même pris en photo pour m'en souvenir) puis je l'ai cherché en vo – et il est dans ma liste d'achats !!!! les grands esprits se rencontrent, je laisse les autres à ton attention, car il faut bien que ta PàL grossisse par ce grand froid !!!

  11. Bon, ben, là, je n'en connais aucun de chez aucun … juste le nom de l'auteur des \ »marches de l'Amérique\ » … Moi qui croyais être une grande lectrice, ça me remet à ma place ….

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