Les égarés · Lori Lansens

 

Cinq jours en montagne, près de Palm Springs en Californie. Quatre randonneurs égarés. Trois survivants. Présenté ainsi, ma curiosité est piquée…  

Wolf écrit à son adolescent les grandes lignes de sa vie et surtout son point de bascule: ces cinq jours en montagne qui ont changé sa vie à jamais. Le jour de ses dix-huit ans, Wolf avait pris le tramway aérien jusqu’au sommet du Mont San Jacinto. Il avait décidé d’en finir. Plus rien ne le rattachait à la vie. Sa mère étant morte, son père en prison et Byrd, son meilleur ami, perdu un an plus tôt.

La montagne, Wolf la connaît bien. C’est là qu’il aimait aller avec Byrd. C’est aussi là qu’a eu lieu un terrible accident. C’est donc là que Wolf veut mourir. Mais sa rencontre inopinée avec trois femmes change ses plans. Une série de faux pas – un nid d’abeilles, une chute –  et les voilà perdus. Bon garçon, Wolf s’improvise guide de montagne. Pas question d’abandonner ces femmes à leur sort. Les heures passent, puis les jours. Les tentatives pour obtenir de l’aide échouent les unes après les autres. Ils ont soif, ils ont faim, ils gèlent. L’épuisement les étreint. Les ampoules aux pieds poussent comme des champignons. Les engelures ne sont pas loin. La nature se fait de plus en plus menaçante. Les coyotes rodent, les serpents et les faucons les épient. Les pics rocheux, «l’armée de pins» les encerclent. L’espoir d’être retrouvé vacille, faisant place au désespoir. La lutte pour la survie est en cours.

Après Les filles et Un si joli visage, Lori Lansens délaisse les personnages féminins marginaux pour s’attacher à un homme pris dans le vif de la vie.

Les égarés
m’a complètement pris par surprise. L’amorce intrigue, évidemment. De savoir qu’un des personnages ne s’en sortira pas vivant hameçonne son lecteur. Qui? Quand? Comment? J’ai tourné les pages, assise sur le bord de ma chaise, dans un état de tension permanente. L’intrigue, solide et tendue, fait son chemin, implacablement.

Le lien qui se crée entre Wolf et les trois femmes est bien développé. Idem pour la transformation des liens entre les trois femmes. Certains personnages frôlent la caricature, mais c’est tout pardonné.

Les égarés aurait pu se limiter à une histoire passionnante de survie en montagne. Mais il y a plus. Aux moments passés en montagne s’ajoutent les souvenirs en patchwork de Wolf, dessinant une histoire familiale complexe. Une enfance cabossée, remplie de pertes et de déracinements. Une mère partie trop tôt, un père et une tante irresponsables, un cousin terrorisant, une erreur tragique. Mais il y a aussi eu une amitié, de celle qui change la vie, la recouvrant de lumière.  

L’écriture de Lori Lansens va à l’essentiel, fluide, d’une belle simplicité, sans effets de style. Les dialogues, qui abondent, sonnent justes. La fin, brodée de fil blanc, m’a déçue par son manque de crédibilité. Et les quelques petites gouttes de mélodrame mielleux m’ont légèrement agacée. N’empêche, pour une belle surprise, c’en est toute une. Ce roman haletant, taillé dans le vif du destin d’un homme et de trois femmes, se dévore d’une traite. Un très bon moment de lecture.

Les égarés, Lori Lansens, trad. Lori Saint-Martin et Paul Gagné, Alto, 2017, 448 p.

Note : 3 sur 5.

  1. Je ne connais pas l'auteur, mais le livre pourrait bien me plaire. Je vais le feuilleter dans la librairie (maintenant, je suis obligée d'y aller !) pour voir.

  2. J'ai la forte impression qu'il te plairait bien. Tu sais, moi et les fins… tatillonne comme je suis!Tu t'attacherais aux personnages de Wolf et de Byrd, son ami autochtone. Leur relation te plairait. Garde-le en tête.

  3. Jamais entendu parler de cet auteur. L'histoire est tentante mais tes bémols risquent de me gâcher ma lecture (la fin brodée de fils blancs, un peu trop mélodramatique) mais bon on ne sait jamais. Disons que je le note si je le croise un jour à la BM.

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