L’hiver, hier · Michel Garneau

L’hiver s’étire. Il fait un froid de canard. Je dois encore sortir la pelle. Bref, je suis tannée! J’enfonce le clou en plongeant dans L’hiver, hier, un cours (trop court) texte de Michel Garneau, inspiré de sa jeunesse.  

Michel, fringant jeune homme de dix-huit ans, s’est amouraché de la fille de Judith. Ils se sont fait pogner les culottes à terre. Ça fait que… ils se sont fiancés. Pour le temps des Fêtes, ils vont passer dix jours à la ferme de pépère, à Saint-Quelquechose-des-Hauteurs.

Ça se passe en 1958. C’était des grosses familles, à l’époque. Mémère a eu dix-huit enfants, qui eux, en ont à la douzaine. Ça fait du monde dans cabane. Cette année, c’est spécial… La fille de Judith amène de la grande visite, parce que ce gars-là, c’est un présentateur de nouvelles qui vient de la grosse ville. Passé son premier étonnement, Michel fait la connaissance d’Elphège le couque fife, de la tante Marguerite, de Mémère et de Pépère avec son œil en moins, de Gros-Gars… jusqu’à Noiraud, le vieux chien qui n’en mène pas large. Des personnages tous plus savoureux les uns que les autres.

Les verres de ponce et le vin de pissenlit circulent, les chansons à réponse fusent. Ça mange comme des ours.

Les grandes tables mises ensemble sont vites couvertes de tourtières, cipayes, ragoûts de pattes avec des boulettes et tous les condiments, les marinades, et le pain, le beurre, les cretons, la tête fromagée, les petits oignons, on reste debout et on grapille, on remplit nos assiettes.

Et ça «sacre» de toutes les couleurs!

Un vieux a pour patois jéshomme, d’ailleurs, tout un chacun a son patois, bien sûr, les ciboles, les califies, les viandes, les étoles, tous les sacres frôlés abondent et le «parce que» est rare, avantageusement remplacé par le «pour l’amour que».

Michel entend les histoires des uns, reçoit les confidences des autres, en entend des vertes et des pas mûres. Certains moments malaisants le sort de sa zone de confort, de sa vie de petit bourgeois douillet – son papa était juge. Il assiste, médusé, à la première brosse forcée d’un p’tit jeune, voit la jaquette de noce de mémère, parle avec Rose, une des filles à Gros-Gars, tout droit sortie de Saint-Michel-Archange après avoir eu des électrochocs parce qu’elle a eu un bébé…

Ce portrait du Québec d’antan est un petit bijoux. Les dialogues sont savoureux. La langue populaire est chantante et fleurie, regorgeant d’inventivité. Le contexte social de l’époque est magnifiquement rendu: les femmes aux fourneaux, les hommes à la besogne, le curé qui pousse à enfanter, le mauvais sort des filles mères, l’homosexualité cachée.

Savoureux, j’vous l’dis. Il ne me manquait qu’un p’tit poêle à bois et une ponce de gin pour être pleinement heureuse!

L’hiver, hier, Michel Garneau, L’Oie de Cravan, 2015, 56 p.

Note : 4 sur 5.

12 Commentaires

  1. Avec ta tempête de neige du moment, ça a dû te mettre dans l'ambiance ! Dis donc, pour un lecteur non québécois, la langue ne doit pas être facile \ »à traduire\ » !..

  2. C'est bien de mon quotidien que tu parles! Je n'ai pas perdu mon char, mais ma pelle, oui! Je vais en profiter pour en acheter une plus grande. J'ai beaucoup à faire sur la terrasse!Cool quand on ne le vit pas chaque année, oui! Et l'hiver en ville, c'est l'enfer comparé à l'hiver à la campagne. Ça n'a rien à voir. En Alaska ou au Yukon, je ne me plaindrais pas!Et si, en plus, j'avais la chance de voir quelques lagopèdes…

  3. Oui, une lecture d'ambiance! La vie reprend tranquillement son cours. La ville est à moitié déblayée, encore un jour ou deux à ramasser le plus gros dans les rues et sur les trottoirs. Cette Stella a tout de même fait des victimes et plusieurs interruptions de courant. C'est la plus grosse tempête depuis 1971 (je suis née en 1972 – c'est donc ma plus grosse tempête à vie!).On va s'en souvenir…

  4. L'hiver c'est quand tu retrouves plus ton char enfouie sous la neige.L'hiver c'est quand tu sais plus où t'as mis la pelle et que la neige obstrue les rayons du soleil devant les fenêtre.Bref un hiver au Québec, d'antan ou de maintenant, ça a l'air cool. De ma fenêtre, sans froid, sans neige et sans vin de pissenlit…

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