Les inséparables · Stuart Nadler

Dans le Boston d’aujourd’hui, une mère, sa fille et sa petite-fille ado arrivent à un point tournant de leur vie. Henrietta, soixante-dix ans et des poussières, est veuve depuis peu. Son mari Harold est mort subitement, ne lui laissant que des dettes en héritage. Ayant un urgent besoin d’argent, elle met sa maison en vente et décide à contrecoeur de rééditer, quarante ans après sa première publication, un roman féministe qu’elle a renié, malgré la notoriété qu’il lui a apporté. Sa fille Oona, chirurgienne en orthopédie et traumatologie, est une superwoman débordée. Séparée de fraîche date de son mari Spencer, un ancien avocat, elle est retournée vivre chez sa mère. Lydia, quinze ans, est la fille d’Oona et de Spencer. Cette «surdouée qui mûrissait trop vite» se retrouve dans de beaux draps après qu’un vilain garçon ait piraté son téléphone et diffusé sur le net un selfie osé de la belle. Ces femmes, chacune à leur façon, tenteront de remettre leur destin sur une ligne droite.

J’ai lu ce roman porté par une indifférence grandissante. C’est la construction du roman qui m’a retenue. Je résiste rarement à un roman choral. Ici, la vie des trois femmes se croise et s’entrecroise adroitement. Le présent s’enrichit de retours en arrière judicieusement amenés. Les qualités d’écriture indéniables parviennent à camoufler le manque criant d’originalité de l’intrigue.

Là où le bât blesse le plus, c’est dans le manque de nuances et d’épaisseur des personnages (Oona, présentée comme une workaholic… Au final, elle n’a pas travaillé fort fort durant toute la durée du récit. Et que dire de son futur ex-mari, réduit au rôle de fumeur de pot). Tout ça manque de chair autour de l’os. Certains personnages, comme le psy, passent en coup de vent. Plutôt que de faire partie intégrante de l’intrigue, ils y sont rattachés par de minces fils, servant de prétexte, vite évacués.

Les hommes qui gravitent autour de ces femmes font piètre figure. Ils sont des perdants qui n’ont même pas le privilège d’être magnifiques! Le futur ex-mari, le psy du couple, l’ami d’Henriette et d’Harold, le propriétaire du poundshop… Autant d’hommes désincarnés, unidimensionnels. Que tous les problèmes rencontrés par ces femmes soient causés par les hommes m’a franchement agacée… Y’a toujours ben des limites à leur faire porter le chapeau.

Quel est le rapport de ce tableau d’Edward Hopper en couverture? Je ne l’ai pas vu. J’ai cherché entre ces pages «l’humour digne de Woody Allen» annoncé en quatrième de couverture. Je le cherche encore… Je m’attendais à retrouver un côté grinçant, incisif. C’était plutôt mièvre. J’espérais ranger le roman de Stuart Nadler sur la même tablette que La position de Meg Wolitzer, Emily de Stewart O’Nan et Leçons de conduite d’Anne Tyler. De toute évidence, ce ne sera pas le cas…

Les inséparables, Stuart Nadler, trad. Hélène Fournier, Albin Michel, 2017, 416 p.

Note : 2 sur 5.

  1. Traduction pour toi: fumeur de pot = fumeur de joint, de marie-jeanne. On prononce pote (qui ne signifie pas, comme chez vous, un bon ami).Du coup, j'étais crampée ben raide d'imaginer un fumeur de pot de terre, de pot d'échappement!

  2. Une question qui n'a rien à voir – ou presque : fumeur de pot ?C'est une expression de par chez toe ?Parce que je ne vois pas quel pot je pourrais fumer… le pot-au-feu, le pot d'échappement, le pot de terre qui contient la marie-jeanne…Une expression qui m'intrigue…

  3. J'espérais, à lire le résumé, me retrouver dans une ambiance à la Anne Tyler (auteure que j'adore). On en est loin… J'ai lu plusieurs romans de Anne Tyler, mais pas encore \ »Une bobine de fil bleu\ ». Il est toutefois dans ma PAL. Ça s'en vient!

  4. Ouf, je l'ai lu, pensant qu'il me plairait beaucoup, mais non, je suis donc totalement d'accord avec ton avis (y compris pour le tableau en couverture) Parfois longuet, et tu as mis l'accent sur le faible rôle des autres personnages que ces trois femmes.Et comme juste après j'ai lu avec ravissement Une bobine de fil bleu de Anne Tyler, je sais que ce ne sont pas les histoires de famille qui me gênent, juste le manque d'empathie avec les personnages. Je te recommande donc Anne Tyler!

  5. Juste à lire les deux-trois premières lignes du résumé et je sais tout de suite que c'est le genre de roman que je n'aimerais pas. Bon je passe mon tour et c'est presque avec joie (oui, tu es généralement un tentatrice impitoyable!) 😉

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