Les brumes de Sapa · Lolita Séchan

Ma première incursion dans l’univers de Lolita Séchan a eu lieu il y a plusieurs années avec le roman graphique Les cendres de maman, illustré par Lino. Sa sensibilité m’avait touchée et émue. J’me suis dit: «Cette fille-là est vraie, authentique et sans filtre». Je l’ai aimée tout de suite! Avec Les brumes de Sapa, Lolita Séchan n’a pas qu’écrit, elle a aussi sorti ses crayons. Et le résultat est époustouflant.


Largement autobiographique, Les brumes de Sapa déroule la vie d’une jeune Parisienne qui se cherche et tourne en rond. «J’avais douze ans d’âge mental. Paris m’étouffait, sans parler de ma famille. Alors j’ai décidé d’aller voir ailleurs si j’y étais». Sur un coup de tête, elle plie bagage et part. Direction Vietnam.

 

Après avoir bourlingué un temps à Saïgon, Lolita décide d’aller voir plus loin: d’abord Lao Caï, puis Sapa, où vit la minorité des Hmong,l’une des communautés ethniques les plus opprimées et démunies du Vietnam. Lolita y fait une rencontre, de celle qui change une vie. «J’étais partie pour me chercher et je l’ai trouvée, elle.» Elle se lie d’amitié avec Lo Thi Gom, une jeune Hmong de douze ans. Cette amitié improbable se cimente au fil des ans, car Lolita revient au Vietnam chaque année et continue à broder son amitié avec la gamine.


Le contraste entre la vie de la jeune Occidentale et celle de l’Orientale est saisissant. Pour l’une, la vie dans la ouate blanche, la bohème, la facilité. Pour l’autre, la pauvreté, l’ostracisme, la lutte pour l’émancipation et l’éducation. La rencontre de ces deux mondes m’a fascinée.

Le choc culturel éprouvé par la Parisienne sonne juste et évite de flirter avec les clichés. Un vrai dépaysement. Le passage à l’âge adulte, la quête de soi et le besoin d’affranchissement s’acoquinent avec l’autodérision, m’ayant fait sourire plus d’une fois.

Le dessin, tout en noir et blanc, impressionne par la diversité du trait, fin et nerveux. L’univers présenté se révèle d’un minimalisme foisonnant. Un véritable travail de moine, surtout quand on apprend que Lolita Séchan a mis cinq ans à réaliser cet ouvrage.

Un roman graphique comme je les aime, entre la tranche de vie et le reportage. À classer dans la même famille que Guy Delisle, Marjane Satrapi et Riad Sattouf.

 

 

 

 

 

Les brumes de Sapa, Lolita Séchan, Delcourt, 2016, 256 p.

© Lolita Séchan

Note : 3 sur 5.

  1. j'ai découvert Lolita Séchan sur son compte IG, mais je ne connaissais pas ce roman graphique, qui a l'air d'être une petite merveille! je m'y penche dès que possible!

  2. Tout me plaît: sa sensibilité, son regard et son coup de crayon pointilliste. C'est un belle découverte! Le genre de roman graphique avec lequel on ne peut pas être déçu. Une valeur sûre!

  3. il est magnifique cet album ! en plus le Vietnam … Saigon ? amusant, tout le monde le dit encore mais la capitale s'appelle depuis 40 ans Ho Chi Minh Ville (Saigon était le nom du temps de la présence des Américains…) bref, je me perds, j'aime tellement ce pays et cet album a tout pour me plaire (sauf le prix..) J'ai hâte de le découvrir !

  4. Je l'avais déjà noté quelque part (et un peu oublié ensuite) mais là, tu me donnes vraiment envie de la lire. C'est très intéressant qu'elle y revienne chaque année auprès d'eux…

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