La maison des Turner · Angela Flournoy

Francis et Viola Turner ont vécu dans leur maison de Yarrow Street, à Detroit, pendant plus de cinquante ans. C’est au cœur de cette maison qu’on grandi leurs treize enfants. Oui, treize! Le patriarche est mort, un enfant après l’autre a quitté le nid et a pris son envol. Maintenant, que faire avec la maison depuis que Viola, vieille et malade, est partie vivre chez son aîné Cha-Cha, avec sa belle-fille et ses petits-enfants? La question qui se pose: vendre ou non la maison de Yarrow Street? Il faut dire que Viola a une dette de 40 000 $ à la banque. Et il faut aussi dire que depuis la crise de 2008, la maison ne vaut plus rien (4000 $). Alors, vendre ou non la maison? Certains enfants sont en faveur, d’autres résistent.

Cha-Cha, l’aîné de soixante-quatre ans, assume le rôle de patriarche depuis le décès du père. Ça ne va pas trop bien pour lui. Chauffeur pour Chrysler, il se remet d’un accident de la route causé par un fantôme. Depuis, il est contraint de voir une psy. Ça ne va pas trop fort non plus pour Lelah, la benjamine de quarante ans. Accro aux casinos, elle a été expulsée de son appartement pour défaut de paiement et a été suspendue de son travail. C’est en secret qu’elle s’installe dans la maison familiale abandonnée. Elle garde son petit-fils plus souvent qu’autrement, pendant que sa fille travaille. Troy, le frère du milieu, veut faire une passe-passe en vendant la maison à sa petite amie. À mesure que l’intrigue progresse, les fils qui lient les frères et sœurs deviennent de plus en plus noueux. Ce sera à la progéniture de Viola de décider du sort de la maison familiale.

Angela Flournoy choisit de se concentrer sur les récits de Cha-Cha, Lelah et Troy. (L’arbre généalogique en début de roman s’avère utile pour s’y retrouver). Elle détaille avec minutie les liens complexes qui unissent les membres de la fratrie, ainsi que les tensions qui menacent de les diviser. Aussi intéressants que soient les personnages, l’intrigue du roman ne m’a emballée outre mesure. D’abord, j’ai tiqué sur cette histoire de fantôme… Cha-Cha est obsédé par un fantôme qui l’a visité à une reprise dans son enfance. Maintenant dans la soixantaine, il est toujours persuadé que le fantôme existe. Ceux qui l’entoure se questionne sur sa santé mentale, et lui-même commence à douter. Le fait qu’Angela Flournoy utilise comme prétexte une histoire de fantôme pour révéler certains secrets familiaux est bien trouvé. C’est juste qu’avec moi, ça ne prend pas. Trop sceptique pour y croire. Les chapitres sur Francis, le patriarche, plongent dans le passé familial, plusieurs années auparavant. Ce choix, non dénué d’intérêt, vient toutefois briser le rythme de lecture et extraire du microcosme mis en place. Même si, dans l’ensemble, je qualifierais le tout de bien orchestré, j’ai trouvé le nombre de personnages trop ambitieux. Certains, qui passent en coup de vent, auraient eu avantage à être plus développés, comme Viola, la matriache affaiblie, mais tellement vive et allumée. C’est comme si Angela Flournoy avait eu les yeux plus grands que la panse!

Ce qui m’a retenue, c’est le portrait social et historique de la ville. Angela Flournoy décrit, avec une plume vive et acérée, l’état de délabrement de la ville, l’exode vers les banlieues, la violence et la criminalité. La toile de fond historique est bien dépeinte: l’essor de Detroit, en passant par les émeutes de 1967, la crise des subprimes et le déclin de la ville.

En mettant de l’avant les thèmes de la culpabilité, de la dépendance, de la mort, du vieillissement et de la rivalité, Angela Flournoy livre un patchwork familial fascinant. Malgré les quelques déconvenues que j’ai rencontrées, voilà un roman qui ne manque pas de mordant. Ce portrait honnête et authentique d’une famille afro-américaine ne m’a pas laissée sur ma faim. Même si La maison des Turner a quelques-uns des défauts des premiers romans, je me suis facilement laissée emportée. Pour le «aussi drôle qu’émouvant» du bandeau, on repassera. L’intérêt est ailleurs.

La maison des Turner, Angela Flournoy, trad. Anne-Laure Tissut, Les Escales, 2017, 352 p.

Note : 2 sur 5.

16 Commentaires

  1. Franchement, je l'aurais croisé à la bibliothèque, je l'aurais certainement emprunté. Mais il y a tant d'histoires familiales bien ficelées que pour le coup, je ne retiens pas ce titre.

  2. L'authenticité, c'est le truc! Il ne fait pas hésiter à aller à contre-courant si c'est sincère et bien senti. On aime, on le dit. Mais il faut aussi le faire lorsqu'on aime moins ou pas. L'éloge pour l'éloge, très peu pour moi. J'aime les moutons blancs, mais j'ai un faible pour les noirs, qui nous montrent souvent d'autres horizons.

  3. J'aime bien ton côté \ »mouton noit\ » parce que sur la blogo, on a tendance à devenir des moutons tout court … on voit partout les mêmes bouquins en même temps, et souvent des avis très élogieux, qui induisent du coup, parfois, des déceptions … hop, je t'ajoute à mes favoris !

  4. Je l'ai réservé à la bibli, malgré ton avis mitigé mais le lieu et la famille me donnent envie de me faire mon envie (après on verra si j'ai le temps de le caser dans mon programme)

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