Les attachants · Rachel Corenblit

Une classe, c’est comme un roman. Vingt-six histoires qui se combinent, qui se heurtent, qui s’emboîtent. Cinq jours sur sept, de huit heures du matin jusqu’à la fin de l’après-midi, près de neuf mois dans une année, ces histoires se tissent. Si on calcule le temps passé ensemble, on s’effraie de constater à quel point une classe absorbe les individus qui la constituent.

 

Les attachants raconte une année scolaire dans la vie d’Emma, à l’école des Acacias, une année partagée avec les élèves d’une classe de CM2. La jeune enseignante est lâchée lousse dans la fosse de cette école réputée difficile. Emma doit valser avec les méthodes mollassonnes et laxistes de Monsieur Aucalme, le directeur. Elle doit percer à jour ses élèves: Michel et son mal-être, Karima et ses trop lourdes responsabilités, Ryan et sa «dégaine de malheureux». Autant d’enfants marqués. Quand les services sociaux doivent être prévenus. Quand faire un signalement?

En parallèle, parce qu’Emma a une vie en dehors de l’enseignement, elle rencontre Mathieu. Un soir de beuverie, Emma s’épanche. La soirée se poursuit. Un condom percé fera bifurquer son destin: la voilà enceinte. Entre ses élèves et la vie avec son nouveau compagnon, Emma s’épuise, se décourage, mais remporte aussi de petites victoires. Une sortie de ski avec ses élèves et l’espoir renaît. Mais malgré sa bonne volonté, Emma se frappe contre le mur de la réalité.

Enseignante au primaire, puis formatrice d’enseignants pendant plusieurs années, Rachel Corenblit sait de quoi elle parle. Elle passe au moulinet le système éducatif, ses lacunes, ses maux et ses petites joies. La réalité dépeinte est mille fois plus convaincante que les lieux communs égrenés par les médias d’information.

Rachel Corenblit prend son sujet à bras-le-corps, le découpe en fines tranches de vie. Certains enfants mont bouleversée. Je pense évidemment à Ryan, beaucoup trop jeune pour vivre ce quil vit. Mon seul petit bémol, qui nen est pas tout à fait un, concerne la vie privée dEmma, que j’ai trouvée par moment un peu trop surréaliste à mon goût.

Il aurait été facile de sombrer dans le pathos et le misérabilisme. Rachel Corenblit évite cet écueil avec brio. Un roman engagé, essentiel, à la fois révoltant, dérangeant et émouvant. Parfois, les mots me manquent…

Fanny (merci pour l’échange!), Mes échappées livresques, Clete et Céline sont aussi enthousiastes que moi.

Les attachants, Rachel Corenblit, Du Rouergue, 2017, 192 p.

Note : 3 sur 5.

  1. Ici aussi, la situation des jeunes professeurs est catastrophique: dépression, épuisement professionnel, changement de carrière… Il faut vraiment avoir la vocation pour évoluer dans cette profession. J'ai beaucoup d'admiration pour eux. Moi, je ne pourrais pas!

  2. C'est vrai que tu ne prenais pas grand risque!Une lecture que je ne suis pas prête d'oublier, et que j'ai déjà prêtée à une amie enseignante.Mon petit doigt me dit que ton petit colis arriveras vraiment sous peu!

  3. Te revoilà ! j'ai vu un reportage sur de jeunes professeurs des écoles qui après un ou deux ans, finalement abandonnaient leurs métiers – mal préparés à affronter la réalité (le programme ne suffit plus …)

  4. Je l'ai offert à ma cousine ce week-end pour son anniversaire (elle est professeur des écoles 🙂 ). J'attend qu'elle le finisse pour lui emprunter. Il m'a l'air plus que bien visiblement.

  5. Je suis tellement heureuse qu'il t'ait plu ( et en même temps je ne prenais pas de risque avec ce sujet qui te tient à cœur)Le défaut que tu pointes ne m'avait pas dérangé , faut dire que je m'étais plus intéressée à la vie des élèves qu'à celle d'Emma. Et oui comment oublier ces petits…surtout Ryan.

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