On achève bien les chevaux · Horace McCoy

On achève bien les chevaux… Moi qui pensais qu’il s’agissait d’un roman érotique avec chevaux en toile de fond! Je n’avais jamais lu la quatrième de couverture. C’est grâce au billet de Fanny que ma pendule a été remise à l’heure. Dès que j’ai lu son billet, je me suis mise à la recherche du roman de Horace McCoy. Aussitôt trouvé, aussitôt lu.

Robert et Gloria se rencontrent un matin, alors que tous les deux, bredouilles, n’ont obtenu aucun rôle de figurant.Gloria a entendu parler d’un marathon de danse. Repas et lit gratuits, mille dollars au couple vainqueur, et la chance d’être remarqué par quelques gros bonnets d’Hollywood. N’ayant rien de mieux à faire, Robert accepte – à contrecœur – de l’accompagner et d’être son partenaire. Le décor est posé: une salle de danse construite sur pilotis, sur la jetée de Santa Monica, près de Los Angeles.

Gloria cherche rapidement les prises de bec avec d’autres danseurs; pris en sandwich, Robert tente d’éteindre l’huile sur le feu, de plus en plus agacé par le mal de vivre de Gloria. «Elle n’arrêtait pas de me seriner cette même rengaine. Elle commençait à me porter sur les nerfs.» Un derby de course nocturne dans lequel le couple perdant est éliminé du marathon, un mariage mis en scène pour attirer l’attention de la presse locale: les organisateurs sans scrupules font tout pour générer de l’action, du spectaculaire. Quand le concours prend fin tragiquement et que les danseurs sont tous renvoyés avec une maigre pitance, Gloria sort une arme de son sac et demande à Robert de la tuer. Elle, elle n’a pas les tripes pour le faire. La boucle est bouclée.

J’ai été fasciné de découvrir l’existence de ces marathons de danse, dont j’ignorais tout. Ce que je connaissais de ce genre de compétition, ce sont les bercetons organisés au centre d’achats de Rivière-du-Loup. La personne qui se berçait le plus longtemps gagnait un beau frigo vert avocat flambant neuf! «Accusé, levez-vous…» Ces mots ouvrent le roman. D’entrée de jeu, on sait que Robert est accusé du meurtre de Gloria. Les chapitres (pas plus d’une seule phrase) sur l’évolution du procès, jusqu’à la condamnation de Robert, alternent avec l’évolution du marathon de danse. L’atmosphère noire, très noire, est magnifiquement bien rendue.  Gloria est tout un numéro. Cette femme désabusée, amère et culottée, n’a pas la langue dans sa poche. Son envie de mourir est tellement obsédant qu’elle en devient… drôle.

Ce qui me paraît bizarre, fit-elle, c’est que les gens accordent tant d’attention à la vie et si peu à la mort. Voulez-vous me dire pourquoi tous ces savants à grosse tête n’arrêtent pas de se décarcasser pour essayer de prolonger la vie au lieu de chercher des moyens agréables pour la finir? Il doit y avoir dans le monde une tripotée de gens comme moi, qui ont envie de mourir, mais qui n’en ont pas le courage.

Les personnages secondaires présentent une autre facette de l’Amérique de la Grande Dépression: meurtrier en cavale, femme enceinte venue gagner un peu d’argent, jeune fugueuse… Jeunes et moins jeunes sont prêts à laisser leur peau en se trémoussant jusqu’à l’épuisement pour une petite poignée d’argent.

Horace McCoy égratigne la société du spectacle qui jette en pâture la misère humaine. La compétition, l’égoïsme, les petites bassesses, le voyeurisme transpirent de ces pages. 

Ils viennent voir la misère des autres pour oublier la leur.

Une plongée dans l’Amérique de la Grande Dépression des plus fascinantes. 

On achève bien les chevaux, Horace McCoy, trad. Marcel Duhamel, Folio, 1991 [première édition: 1935], 212 p.

Note : 4 sur 5.

  1. J'imagine fort bien la chose, justement. D'où mon appréhension à le lire!Heureusement, j'ai fini par passer outre. Je vais le relire avec plaisir, moi aussi. Je l'ai lu tellement rapidement que je suis certaine que certaines subtilités m'ont échappée.

  2. MDR Ah, cette chère Gloria. Elle passerait un mauvais quart d'heure entre nous deux. Moi à rire d'elle, toi à la gifler! Je suis ravie que ce roman soit dépoussiéré. Il le mérite bien.

  3. Merci encore pour cette «découverte». Je l'ai dévoré.Le côté excessif de Gloria m'a fait rire, justement à cause de l'excès. Je suis bizarre! Que la mort soit à ce point une obsession est fascinant. Maintenant, je compte bien découvrir d'autres romans de McCoy.

  4. Tu me fais rire avec ton \ »roman érotique avec des chevaux en toile de fond\ » 😀 Tu imagines un peu la chose?J'ai lu ce roman il y a des années et j'en garde encore un souvenir assez fort. Il m'avait marqué. Tant par sa façon de raconter la société, ces fameux concours de danse et le titre, que je trouve assez fort. Bref, je le relirais bien!

  5. Roman érotique, tiens donc ! 😀 Avant de le lire moi-même (récemment d'ailleurs), sans avoir vu le film, je croyais comme beaucoup me retrouver dans un western, façon Geant ou Les Misfits. Mais je n'en attendais rien de croustillant :-DTrêve de plaisanterie, c'est très bon roman qui tient encore bien la rampe aujourd'hui. On ne doit pas avoir le même sens de l'humour car Gloria m'a plutôt donner l'envie de la gifler que de rigoler 🙂

  6. Je connaissais le titre, mais je n'avais aucune idée du sujet du roman. Je pensais comme toi à une histoire de chevaux dans un ranch de l'ouest américain :-)Tu donnes envie de le lire…

  7. C'est amusant je croyais que tu l'avais lu ! je l'ai lu et chroniqué il y a un petit bout de temps déjà, et j'avais vu le film – un livre qui laisse une empreinte forte sur son époque !

  8. Ah je suis heureuse de lire un billet si enthousiaste ! Ce livre est fort et mérite d'être encore lu! Je n'irai pas jusqu'à dire que Gloria était drôle mais quel personnage ! Ce qui est bien c'est que même si on connait la fin on a envie de continuer .

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