Bilan livresque · juillet 2019

 
Encore un mois passé en un claquement de doigts. Juillet m’aura vu partir avec Electra et Maud, suivi de la bête à quatre pattes, pour sillonner les routes (LA route?!) de la Baie-James. Époustouflée par cette beauté sauvage, je suis revenue à la civilisation un peu sonnée, apeurée même, de voir tout ce monde grouillant. D’épisodes cocasses en moments sublimes, nous avons passé une semaine mémorable, sans trop nous plonger les yeux dans les livres.

 
Comme ce blogue demeure avant tout consacré aux livres, je rentre dans le vif du sujet. De quoi a été fait mon juillet livresque? Du très bon et un bof. Surtout, un immense coup de cœur, signé Susan Power.

Il y a d’abord eu Nomadland de Jessica Bruder. Je ne saurais dire l’effet que m’a fait cet essai. La réalité dépeinte par la journaliste américaine est certainement terrible, désolante, éprouvante. Que des hommes et des femmes, à deux cheveux de la retraite, se retrouvent sans le sous, contraints de tirer le diable par la queue, de chercher des petits boulots éreintants et mal payés, est en soi révoltant. Regardant le beau et bon côté des choses, jai retenu la liberté éprouvée par ces nomades forcés et l’esprit de solidarité qui unit ces gens de la route.

 
Plusieurs passages m’ont donné à cogiter.
 
«L’économie est un jeu. Ce jeu ne devrait concerner que les éléments superflus de l’existence (motos, ordinateurs, téléviseurs). Nourrir sa famille, se soigner, avoir un toit au-dessus de la tête… cela ne devrait pas être assujetti à une économie quelconque.»
 
«Quand je me suis installé dans mon van, j’ai compris que tout ce que m’avait raconté la société n’était qu’un mensonge: se marier, vivre dans une maison entourée d’une jolie clôture blanche, se rendre chaque jour au travail, être enfin heureux à la fin de sa vie mais malheureux avant d’y arriver. […] Pour la première fois de ma vie, j’étais heureux dans mon van.»
 
«C’est le souci de nos possessions, plus que tout autre chose, qui nous empêche de vivre librement et noblement.»
 
«Les gens ne se contentent pas de relever la tête dans les moments de crise; ils le font avec une joie de vivre surprenante. Il est possible de traverser des épreuves tout en ressentant de la joie dans les moments de partage, comme quand on se retrouve autour d’un feu de camp avec ses compagnons d’infortune sous un immense ciel étoilé.»

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Histoire de sortir un peu de mes sentiers américains, j’ai mis la main sur Le musée des avenirs possible de Josephine Rowe. Ce roman australien, à la sauce très américaine, m’a plutôt fait bonne impression. Reste qu’un mois après sa lecture, je serais bien en peine de t’en parler. Il ne men reste rien, sinon que la quatrième de couverture laisse présager une toute autre intrigue que celle que j’ai lu. Dommage…

 

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J’ai enchaîné avec Danseur d’herbe, le seul et unique roman de Susan Power. J’ai envie de te dire qu’il s’agit là du meilleur roman autochtone que j’ai lu cette année. Une fresque familiale à la chronologie disloquée, habitée par des personnages hauts en couleur, dont un loulou de Poméranie à trois pattes nommé Chuck Norris, une grand-mère en fauteuil roulant qui ensorcèle les jeunes hommes pour les amener dans son lit, une septuagénaire qui découvre enfin la signification du mot «orgasme». La tragédie voisine avec un comique décapant, la tradition et la modernité s’entrelacent. Un roman mémorable, que je tiens absolument à relire.

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Il ma été difficile de me remettre en selle après la lecture de Danseur d’herbe. J’ai suivi les bons conseils d’Electra et mis la main sur Sur la route et en cuisine avec mes héros de Rick Bass. J’avais lu son billet sans trop en faire de cas. En fait, je craignais l’orgie culinaire. Erreur! Le récit de Rick Bass est un road trip parsemé de rencontres. Et non des moindres: Amy Hempel, Gordon Lish, John Berger, Thomas McGuane, Lorrie Moore, Joyce Carol Oates, etc. Des rencontres tantôt épiques, tantôt émouvantes. Jen garde un vibrant souvenir et plein d’idées de lectures hautement inspirantes.

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Voyage aidant, je me suis enfin décidée à plonger dans Le centre du monde d’Emmanuelle Walter. Un essai sur les routes de la Baie-James en compagnie de Roméo Saganash. Cet essai dresse un portrait éclairant du territoire et des gens qui l’habitent: Cris et Jamésiens. Comme dans Soeurs volées, la journaliste donne un visage humain à une réalité trop souvent ignorée.
 
«Une région de plus en plus visitée par des courageux qui, appelés par les barrages et l’immensité, bravent les nids de poule.»
 
«Quand on croise une voiture, c’est un événement.» Ça, c’est bien vrai!

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Je me suis ensuite pitchée sur le recueil de nouvelles de Richard Lange, Deads Boys, qu’Electra m’a ramené de France. Douze nouvelles aussi excellentes les unes que les autres. Le Los Angeles dépeint par Richard Lange est aux antipodes du glamour hollywoodien. Des hommes ordinaires, lucides, touchants, en constant équilibre au bord du gouffre. Parce que les mots me manquent, je t’invite à lire le billet d’Electra.

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Après un tel coup de foudre littéraire, les déceptions étaient à prévoir. Ce n’est pas moins que trois bouquins que j’ai mis de côté, incapable de sillonner leurs chemins sans bailler aux corneilles.

J’ai lu quelques nouvelles tirées de Des raisons de vivre d’Amy Hempel, dont Rick Bass fait grand état dans Sur la route et en cuisine avec mes héros. Comme avec les nouvelles d’Alice Munro, un je ne sais quoi bloque. Fadeur? Manque de mordant? Je nai pas accroché.
 
Comme ça faisait un bout que je n’avais pas lu de roman québécois, j’ai commencé L’évasion dArthur ou la commune dHochelaga de Simon Leduc. Comment dire… Je me suis rendue à la moitié, intriguée par la voix du personnage principal et par le style. Mais lintrigue n’a pas eu assez d’emprise sur moi pour que j’aille envie de poursuivre. 
 
Surtout que le nouveau recueil de nouvelles de Lucia Berlin, Un soir au paradis, venait d’arriver entre mes mains. Le Manuel à l’usage des femmes de ménage mavait fait un tel effet… En comparaison, les trois nouvelles lues dans Un soir au paradis me sont apparues comme des feuilles trouvées dans un fond de tiroir. Au mieux, j’ai été diverti. Mais je m’attendais à beaucoup plus, espérant retrouver la profondeur et l’atmosphère présentes dans les 43 nouvelles de son premier recueil. Une cuisante déception.
 
Là, ça commençait à faire dur, mon affaire. Le découragement n’était pas loin. Pour me sortir de ce coup de mou livresque, j’ai extrait de ma PAL une valeur sûre. David Treuer et son Little m’ont sauvée! Je suis sur la bonne voie.

Et toi, comment s’est passé ton mois de juillet livresque?

16 Commentaires

  1. Oh! \ »Landfall\ »… L'histoire me reviens, et une foule d'images. J'ai vu la couverture du Totem. J'ai presqu'envie de mettre la main dessus (beaucoup plus belle et évocatrice que le grand format). On verra sur j'ai une crise de surconsommation!J'attends impatiemment un nouvel écrit d'Ellen Urbani…Passe une bonne rentée, Marion! Au plaisir xx

  2. Oui, trop longtemps, à regret.Je viens de terminer Landfall d'Ellen Urbani, acquis lors de sa sortie en format poche suite à ton billet. Au-delà des personnages et de l'histoire, quelle plongée réaliste dans la catastrophe Katrina ! – je n'avais encore rien lu qui prenne place dans ce cadre. Très intéressant, et tout autant perturbant. Merci pour la découverte !

  3. Un road trip mémorable. Le genre de voyage où tu n'as pas le choix de te poser et prendre le temps. Ça fait un bien immense.Pour le Power, il est extra, vraiment. J'espère une réédition, car il semble très difficile à trouver…

  4. J'ai été sous le charme du recueil de Lange, du début à la fin. J'ai commandé \ »Angel Baby\ » dans la foulée et tu imagines bien que je suis plus qu'impatiente que son dernier recueil soit traduit.Rien à ajouter pour le Amy Hempel et le Lucia Berlin, sinon que la déception est cuisante. Ça n'a pas passé. Faut dire qu'après Lange, la marche est haute…\ »Little\ »… Mais quand vas-tu enfin lire la fiction de Treuer?

  5. Road trip sensationnel… Les grands espaces et cette tranquillité me manquent…Penses-tu que je ne suis pas déçue pour Amy Hempel? J'avais aussi lu quelques extraits emballants. Puis, à lire d'un bout à l'autre quelques nouvelles… puis tombée à plat. Une forme de décousu? Ou bien j'en ai manqué un méchant bout…Lu \ »Little\ » dans ta jeunesse? Et moi qui te pensais tout jeune et fringuant! Je vais te rafraîchir la mémoire, t'inquiète!

  6. Et moi, ça me fait plaisir d'avoir de tes nouvelles. J'ose dire que je m'ennuie de toi! Ça faisait un bout.J'ai mis \ »Danseur d'herbe\ » sous coffre-fort! Un de mes précieux…

  7. J'avais déjà noté Nomadland et Danseur d'herbe (il me semblait, pour ce dernier, que c'était chez toi ?!), et.. bah… je ne note rien de plus, sachant que Sœurs volées et Manuel à l'usage des femmes de ménage sont déjà sur ma PAL. Un bilan tout de même prolifique, malgré ta semaine de coupure livresque !

  8. Je me demandais quelles étaient tes déceptions, connaissant assez bien le reste de tes lectures et ravie que tu aies été aussi sous le charme de Lange, ses nouvelles sur L.A sont tellement différentes et son dernier recueil va te plaire aussi ! Pour Amy Hempel -zut et deux fois zut pour Lucia Berlin (mais évidemment on publie tout sur elle maintenant, le bon et le moins bon). Avec Little, tu as visé juste ! je sais que j'ai des valeurs sûres aussi de côté !

  9. Un chouette road trip que le vôtre a dû être !Aïe, dommage pour Amy Hempel dont j'ai entendu vanter les mérites ailleurs et dont j'avais lu un court extrait d'un texte qui m'avait enchanté…J'ai lu \ »Little\ », dans ma jeunesse et je dois avouer honteusement qu'il ne 'en reste rien aujourd'hui. Je compte donc sur toi pour me rafraîchir la mémoire dans quelques temps.

  10. Bonjour Marie !Ça fait un bout mais c'est toujours un plaisir de te lire ! Danseur d'herbe est très tentant ! Mais…indisponible sur le site des Libraires et en bibliothèque 🙁 J'ai jeté un oeil aux sites de ventes en France également et il n'y a que des usagés. Tu tiens une perle rare !

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