Lake Success · Gary Shteyngart

Barry Cohen a une vie que plusieurs pourraient trouver enviable. Ce gestionnaire de fonds spéculatifs de quarante-trois ans, multimillionnaire, vit dans une luxueuse tour de Manhattan avec sa femme indienne de vingt-neuf ans et leur fils de trois ans. Sans oublier la nounou philippine!
 

Mais voilà, tout n’est pas rose pour autant. Barry a les autorités boursières sur les talons, son mariage est en train de capoter et son fils vient d’être diagnostiqué du spectre de l’autisme. Sur un coup de tête, il descend de sa tour d’ivoire, claque la porte (mais n’oublie pas sa valise de montres de luxe) et part «affronter le monde et résoudre seul ses problèmes». Il file, en pleine nuit, à la gare routière de Port Authority. Après quelques rebondissements dignes de Kafka, il monte à bord d’un bus Greyhound. (Il faut souligné l’effort: habitué quil est de voyager en première classe, il va se mêler à la populace des sièges de bus.) Barry espère surtout retrouver Layla, son amour de jeunesse. Le v’la parti pour une virée à travers les États-Unis, à la rencontre du «vrai monde». Il jette son téléphone portable et sa carte de crédit noire. Il doit compter avec l’argent qu’il a en poche – sans oublier sa valise de montres! Il retourne dans les bras du passé plutôt que d’affronter le présent.

Une trentaine de pages lues et ça y était: je détestais Barry. Sa lâcheté, sa naïveté, sa maladresse, sa condescendance. Je n’ai pas eu pour lui une once de compassion. Je l’ai trouvé pathétique. Même sa fuite est pathétique.Les autres personnages ne sont pas en reste, quasiment tous aussi irritants les uns que les autres. Pas seulement Barry. Sa femme, aussi. Chacun à leur manière fuit: Barry à bord d’un bus, sa femme dans les bras d’un écrivain guatémaltèque. Chacun fait du déni. En fait, seuls les moins nantis ont eu grâce à mes yeux!

Le manque de consistance des personnages secondaires m’a aussi agacée. Leur manque de relief est stupéfiant. Ils me sont apparus comme des accessoires, servant de faire-valoir. La façon qu’a Gary Shteyngart de beurrer épais sur les clichés (les méchants riches / les pauvres au grand cœur) a fini par me tomber sur les nerfs. Sans parler de ces situations qui me sont apparues invraisemblables. Une parmi dautres: comment un homme issu d’un milieu modeste (son père nettoyait les piscines des riches) peut-il être à ce point déconnecté de la réalité?

Je me suis tout de même rendue jusqu’au bout. D’abord parce que je voulais voir jusqu’où ça menait. Et aussi parce que les mots de Gary Shteyngart étaient plutôt bien tournés, assez pour me retenir.

Je me rends compte à quel point les petites misères existentielles des gens riches me hérissent le poil. Quand tu te balades avec une collection de montres de luxe, que tu bois une bouteille de whisky à 33 000 $ US… Au final, même avec une roche de crack dans les poches, les pérégrinations de Barry ne lui ont rien appris. Cen était désespérant.

C’était supposé être satirique? La satire manquait définitivement d’épaisseur et de panache. Un roman beaucoup trop suffisant à mon goût.

Lake Success, Gary Shteyngart, trad. Stéphane Roques, De l’Olivier, 2020, 380 p.

Note : 2 sur 5.

20 Comments

  1. J'aime bien quand je fais deux pierres d'un coup! Mais pas trop souvent, quand même…

  2. Tes billets \ »coup de dents\ » me font toujours rire… et puis il épargne mon porte-monnaie 🙂

  3. Ce type de personnage ne te fait donc pas envie? Ah bon… !!! Il y a meilleur moyen pour investir son argent!

  4. J'ai failli l'acheter ! et quand je vis ta \ »montée de lait\ », je me dis qu'il est mieux à la librairie que sur mes nerfs !

  5. j'ai aussi déjà goûté à ce genre de romans et je sais que ce n'est pas pour moi…

  6. Mes échappées livresques

    Sans hésitation je passe mon tour sans regrets…

  7. Ton instinct a été bon sur ce coup… Je t'ai répondu sur IG, miss.

  8. Disons que je passerais mon chemin rapido-presto!

  9. Tu n'as pas perdu de temps… Terminé? C'était un bon cru?

  10. zut pour ta gorge et ton nez (regarde mon message sur IG) ! sinon, bizarrement, j'avais bien repéré ce livre mais mon instinct me disait \ »n'y vas pas\ » et il a eu raison ! tant mieux !!

  11. Si tu croises ce Barry, pas sûre que ça se passe bien hein ^^

  12. Tu penses bien que c'est déjà fait 😉

  13. Oui, c'est fait, et jusqu'au bout, merci!Après quoi, j'ai enchaîné avec un autre roman qui ne s'est pas révélé mieux. Mais là, ça va beaucoup mieux, heureusement (côté lectures seulement; ma gorge et mon nez sont toujours au pire).

  14. J'étais pourtant très enthousiaste à l'idée de le lire. Je n'y allais pas de reculons.Je viens de t'épargner. Plonge plutôt dans Tremblay!

  15. Tu es fixé, oui. Mais ce n'est que mon petit avis perso, hein! Tu pourrais bien t'éclater, surtout si les montres de luxe te font baver!

  16. Ca, c'est fait ! Voilà qui est dit et bien dit. Dès le début de ton article je me disais que ce roman n'était pas pour moi, et bien il n'était pas pour toi non plus… Et en plus il t'a rendu malade !

  17. Déjà que le pitch ne m'inspirait pas… Bon débarras !(es-tu sûre que ce n'est pas cette lecture qui t'as rendue toute fébrile ?) 😉

  18. Bon ben me voila fixé ! C'est un peu la douche froide là, mais au moins je sais à quoi m'en tenir^^

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