Un beau désastre · Christine Eddie

 

Ça augurait plutôt bien. Mais bonyenne, jai-tu lair de croire au père Noël?
 
Né d’un père inconnu et d’une mère soi-disant partie vivre dans un ashram de Calcutta, Monsieur-Junior Paul (M.-J.) grandit dans le quartier ouvrier du Vieux-Faubourg, aux côtés de Célia Jones, sa tante femme de ménage et astrologue. À l’adolescence, M.-J. est de plus en plus préoccupé par le chaos du monde. Ça lui fait broyer du noir. L’été de ses seize ans, il tombe amoureux fou de l’énigmatique Isa, qui veut partir vivre au Bhoutan. Il se découvre une passion pour l’art mural. À la demande des voisins, il peint des trompe-loeil sur les devantures des édifices du quartier. Mais ce ne sera pas au goût de tout le monde.
 

Oui, ça augurait plutôt bien. Je tournais les pages, à la fois intriguée et amusée. Une lecture douillette, un brin ouatée. Jusqu’à ce que j’arrive à la page 121. Une phrase et c’en était fait. Je me suis dit: «Ben voyons donc. Qu’est-ce qu’il fait là, lui? C’est ben trop facile. Ça ne tient pas debout.» C’était tellement cousu de fil blanc que j’aurai pu me confectionner une robe longue. J’ai failli lâcher l’affaire. Mais non, finalement. Ça ne s’est pas vraiment amélioré. La fin m’a au moins agréablement étonnée.

La moitié du roman met la table en présentant les personnages et en faisant grandir M.-J. Puis, l’été des seize ans de M.-J., le présent s’installe jusqu’à la fin. La façon dont les parties sont liées m’a semblé bancale. L’intrigue principale en devenait trop flottante, évasive. Malgré l’intérêt des parties, le tout déraillait trop à mon goût. Pour faire tenir son roman en un seul morceau, Christine Eddie a eu recours à quelques contorsions qui m’ont laissé sceptique. Certains rebondissements m’ont paru trop faciles. J’ai senti, peut-être à tort, un ton moralisateur trop appuyé; la gentrification, les changements climatiques et l’écoanxiété, la crise migratoire mont aveuglé comme des néons fluorescents. La beauté des mots et la fraîcheur de leur agencement mont poussé à me rendre jusquau bout. Pour le reste… C’est le genre d’histoire qui plaira à ceux qui veulent encore croire au père Noël. Désolée, moi je n’y crois plus. 

 
Un beau désastre, Christine Eddie, Alto, 2020, 192 p.
 

Note : 2 sur 5.

  1. J'ai beaucoup aimé les autres de l'autrice… je me demande si je vais avoir une opinion comme la tienne… bref, curieuse je suis. Quand même. Malgré les gros fils blancs, même si ça, ça me fait drôlement peur.

  2. Pour avoir discuté avec une amie libraire qui a lu et apprécié \ »Je suis là\ » et \ »Parapluie\ », elle a abandonné \ »Un beau désastre\ » à la p. 95! Trop cousu de fil blanc, a-t-elle dit. Et elle n'était même pas arrivée à la fameuse p. 121. Alors…

  3. Hon sirop! J'ai lu et bien aimé ''Je suis là'' – ''Les carnets de Douglas'' et ''Parapluie'' de dame Eddie. J'avais noté ce petit dernier avec espoir de retrouver l'enchantement des mots de l'auteure mais là j'hésite pas à peu près.

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