Rentrée littéraire · hiver 2021

Mon premier post sur WordPress? Je peine à m’y retrouver et à prendre mon air d’aller. Après quelques mois de manipulation, j’arriverai sans doute à sortir mon épingle du jeu! D’ici là, je te présente les romans de la rentrée d’hiver qui me font le plus envie.

DEVENIR QUELQU’UN · WILLY VLAUTIN · ALBIN MICHEL

À 21 ans, Horace Hopper ne connaît de la vie que le ranch du Nevada où il travaille pour Mr et Mrs Reese, un couple âgé devenu une famille de substitution pour lui, abandonné très tôt par ses parents et écartelé entre ses origines indiennes et blanches. Secrètement passionné par la boxe, il rêve de se réinventer en devenant champion, sous le nom d’Hector Hidalgo, puisque les meilleurs boxeurs sont mexicains! Du jour au lendemain, Horace largue les amarres, quitte le ranch et prend la direction du sud, vers sa terre promise. Saura-t-il faire face à la solitude et au cynisme de ceux qu’il croisera en chemin? Peut-on à ce point croire en sa bonne étoile, au risque de tout perdre? À travers le portrait bouleversant d’un jeune idéaliste décidé, envers et contre tous, à trouver sa place dans le vaste monde, Willy Vlautin signe un roman déchirant et pudique qui touche le lecteur en plein cœur.

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L’ENFANT DE LA PROCHAINE AURORE · LOUISE ERDRICH · ALBIN MICHEL

Notre monde touche à sa fin. Dans le sillage d’une apocalypse biologique, l’évolution des espèces s’est brutalement arrêtée, et les États-Unis sont désormais sous la coupe d’un gouvernement religieux et totalitaire qui impose aux femmes enceintes de se signaler. C’est dans ce contexte que Cedar Hawk Songmaker, une jeune Indienne adoptée à la naissance par un couple de Blancs de Minneapolis, apprend qu’elle attend un enfant. Déterminée à protéger son bébé coûte que coûte, elle se lance dans une fuite éperdue, espérant trouver un lieu sûr où se réfugier. Se sachant menacée, elle se lance dans une fuite éperdue, déterminée à protéger son bébé coûte que coûte.

Renouvelant de manière saisissante l’univers de l’auteure de LaRose et Dans le silence du vent, le nouveau roman de Louise Erdrich nous entraîne bien au-delà de la fiction, dans un futur effrayant où les notions de liberté et de procréation sont des armes politiques. En écho à La Servante écarlate de Margaret Atwood, ce récit aux allures de fable orwellienne nous rappelle la puissance de l’imagination, clé d’interprétation d’un réel qui nous dépasse.

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TU NE DÉSIRERAS PAS · JONATHAN MILES · TOUSSAINT LOUVERTURE

Amours périmées, destins brisés, vies en morceaux: Dis-moi ce que tu jettes et je te dirai qui tu es. Un jeune couple squatte un appartement new-yorkais et vit de déchets et d’eau fraîche; un linguiste enlisé dans la crise de la cinquantaine jongle entre sa femme infidèle et l’Alzheimer de son père; une veuve du 11 Septembre s’interroge sur son avenir et celui de sa famille recomposée. Leurs points communs? Le désir et le rejet, qui les poussent – chacun·e à sa façon – à vouloir plus, toujours plus, jusqu’à ce que leurs mondes délabrés en viennent à se frôler. À travers ces portraits de femmes et d’hommes jeté·es dans le monde, aussi magnifiquement banals et uniques que les détritus qu’ils produisent, Tu ne désireras pas est un miroir tenu où l’or le dispute à l’ordure. Satire acide de notre société, roman profond qui capture l’anxiété et le désespoir qui se dégagent de nos excès, rédemption pleine de tendresse, Tu ne désireras pas fouille nos existences pour voir si dans les décombres il ne resterait pas quelques morceaux d’amour encore fumants. C’est Franzen. C’est Safran Foer. C’est aussi Russo et DeLillo. C’est saisissant.

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HIVER · ALI SMITH · GRASSET

Sophia Cleves a proposé à son fils Art – avec qui elle entretient des relations plutôt distantes – de venir passer Noël dans sa grande maison en Cornouailles. À cette occasion, il était prévu qu’il lui présente sa petite amie Charlotte. Sauf que Charlotte rompt avec Art. Ce dernier ne voulant pas se désavouer devant sa mère, il propose à une jeune femme rencontrée à un arrêt de bus de jouer le rôle de Charlotte le temps des fêtes de fin d’année. Une fois sur place, le faux couple se rend compte que la mère d’Art ne va pas bien. Son comportement est erratique, et elle semble confuse. Art appelle sa tante Iris au secours, bien que les deux femmes ne se soient pas parlé depuis trente ans. Un drôle de week-end commence alors: le souvenir d’autres fêtes de Noël surgit, la mémoire de l’enfance commune aussi, puis la brouille autour des choix idéologiques des deux sœurs refait surface. Car Sophia est une femme d’affaires à la retraite, alors que sa sœur Iris a consacré sa vie au militantisme politique et n’a renié aucune de ses convictions.

L’hiver, pour Ali Smith, est la saison des ruptures, des convictions qui nous séparent, avant d’être celle des retrouvailles. Son regard sur les faux-semblants de nos sociétés à l’ère de la post-vérité est impitoyable, tendre et drôle à la fois, portée par une langue d’une grande poésie.

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O · MIKI LIUKKONEN · CASTOR ASTRAL

L’aventure O est une rencontre forte avec un texte, ses 100 personnages et leurs névroses. Un roman maximaliste de 960 pages révélant l’écriture magistrale de l’auteur et son art romanesque remarquable. O est un projet hors norme, un ovni finlandais signé Miki Liukkonen. O est l’aventure sur 7 jours de 100 personnages souffrant tous d’une psychose dans un jeu calibré d’entremêlements où apparaissent une multitude de digressions, de souvenirs, d’anecdotes et d’histoires mises en abyme. O raconte l’histoire d’une équipe de natation qui se prépare pour les jeux Olympiques, d’une entreprise qui conçoit des toboggans dans une démarche artistique, d’un homme qui voue un culte aux aubergines, d’un cirque de névrosés. Tous sont amenés à se croiser et à se rencontrer. O s’interroge sur ce que signifie le quotidien dans notre société, et comment on peut y (sur)vivre. Miki Liukkonen peint sur une toile outrageusement grande des gens ordinaires et des événements (extraordinaires).

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LES PIONNIERS · ERNEST HAYCOX · ACTES SUD

Ils viennent du Missouri et ont tout abandonné dans l’espoir de trouver une terre à des milliers de kilomètres de leurs foyers. Ce voyage où ils affrontent les rapides, le froid, les pluies diluviennes qui vous transpercent, la faim, constitue une suite d’épreuves exténuantes que Haycox restitue avec une ampleur, un lyrisme, une vérité inégalée. Le cinéma, à de rares exceptions près, paraît timide, aseptisé, face à l’acuité d’un tel livre. Parvenus à destination, les survivants doivent construire un nouveau monde avec ses règles, ses usages et ce malgré les rivalités, les préjugés raciaux, les barrières de classes. Les Pionniers est l’un des très grands romans, sinon le plus grand, le plus lucide, sur la colonisation, l’apprentissage de la civilisation, avec les conflits que celle-ci entraîne entre une vision humaniste et les pulsions de violence, entre les intérêts particuliers et le sens de la collectivité. Peut-être le grand œuvre de Haycox, cet immense écrivain qu’admirait Ernest Hemingway, qui marie le souffle de l’épopée à la chaleur de l’intime, avec d’inoubliables personnages de femmes. À coup sûr son livre testament, et rien moins qu’un chef-d’œuvre de la littérature américaine.

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SÉLECTION NATURELLE · CAOILINN HUGUES · CHRISTIAN BOURGOIS

À onze ans, Gael Foess a hâte d’être adulte. Elle prend soin de son petit frère sujet à des crises d’épilepsie nombreuses, apprend à conduire en cachette et envie la liberté de ses parents. Carriéristes, ils inculquent à leurs enfants l’idée que la réussite est essentielle. Lorsque le krach boursier de 2008 ruine sa famille quelques années plus tard, Gael comprend à quel point les idéaux et les ambitions peuvent être compromis. Décidée à subvenir aux besoins des siens, la jeune femme quitte son Irlande natale pour Londres et New York, où elle fréquente les galeries d’art. Car son frère a des visions lors de ses crises, qu’il peint sous forme de toiles abstraites – celles-ci pourraient bien être la clef du succès tant désiré. Jusqu’où Gael ira-t-elle pour prouver au monde combien il est facile de retourner le système contre lui?

Avec Sélection naturelle, Caoilinn Hughes nous livre un roman d’ambition contemporain vif, furieux et électrisant, dans lequel elle décrit des personnages à la dérive et un monde où tous les coups semblent être permis pour s’en sortir.

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DES DIEUX SANS MAJUSCULE · TUEPELO HASSMAN · CHRISTIAN BOURGOIS

Rosary, Californie. Ici, pas de palmiers et de plage dorée mais une raffinerie de pétrole, une décharge de pneus et de fervents chrétiens évangéliques. C’est ici qu’Helen tente de vivre une adolescence normale, malgré le décès de sa mère et un père à côté de la plaque. Heureusement, elle peut compter sur le soutien de sa bande d’amis plus ou moins marginaux, les «Têtes-de-Bites», et sur celui de sa tante, une voyante mal tolérée par la communauté. Alors que les adolescents se cherchent à coups d’Action ou Vérité et d’antiques romans porno, la tension monte à Rosary: le cabinet de voyance de la tante de Helen est de plus en plus menacé, et quelques-uns de ses amis commettent des actes qui pourraient leur coûter cher. Il est ici question du quotidien d’Helen, à cette époque clé de la vie où l’on cherche à mettre la main sur qui l’on est, où l’on se demande qui l’on va devenir. Des dieux sans majuscule déborde de personnages aussi tordus que touchants. À les voir se lancer dans l’exploration hasardeuse de leurs coeurs respectifs, on glane de quoi réviser sa copie sur l’art et la manière de bâtir une famille face à un avenir dont on ignore tout.

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CHANT DES PLAINES · WRIGHT MORRIS · CHRISTIAN BOURGOIS

Dans les grandes plaines des États-Unis, une jeune femme raisonnablement dodue et en bonne santé trouvait facilement acquéreur au début du 20e siècle. Ainsi Cora, bien qu’un peu maigre, épouse un fermier. Ils ne se connaissent pas et leur vie commune les rapprochera à peine plus. Lors de la nuit de noces, pour étouffer sa douleur, Cora se mord profondément la main. C’est le cheval qui l’a mordue, dira Emerson au docteur. De cette union, jamais réitérée, naîtra une fille, Madge. Celle-ci est élevée avec Sharon Rose, sa cousine née peu après elle, comme si c’était sa soeur. Si la première tient de Cora, une fille de la campagne dure à la tâche, désireuse de se marier, la seconde épouse un autre destin et part étudier à Chicago. Dès lors, celle-ci observe de loin l’épanouissement de la ferme: la naissance des filles de Madge, l’arrivée du téléphone, du réfrigérateur et de la télévision, la modernisation de l’outillage agricole. Jusqu’au déclin de la ferme.


C’est sur les terres ingrates du Nebraska, glacées en hiver, caniculaires en été, soumises à de violentes tempêtes, que raisonnent et s’entremêlent ces voix féminines, défiant le temps perdu tout autant que l’avenir.

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NATURE MORTE AVEC CHIEN ET CHAT · BINNIE KIRSHENBAUM · GAÏA

Au terme de plusieurs semaines de dépression sévère, Bunny, une écrivaine quadragénaire new yorkaise, est internée en psychiatrie. Sa vie bascule alors dans un univers parallèle où les couverts sont en plastique, les activités débilitantes (sans vouloir vexer les amateurs de mosaïques) et les comportements étranges – comme celui de cet homme portant un slip par-dessus son pantalon et qui chronomètre inlassablement la durée des appels passés depuis le téléphone public. Encouragée à participer aux ateliers d’écriture de l’hôpital, Bunny révèle par petites touches des blessures jamais refermées, des relations familiales tourmentées et consigne avec causticité sa vie et celle de ses compagnons d’infortune traités par électrochocs.

Hilarante et déchirante, son histoire nous plonge dans l’esprit «dérangé» d’une femme trop lucide pour être heureuse. Un bijou d’humour noir salué par Richard Ford, Gary Shteyngart, le New York Times (et bien d’autres) lors de sa parution aux États-Unis.

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LE GUERRIER TORTUE · MARY RELINDES ELLIS · GALLMEISTER

Dans une ferme du nord du Wisconsin, Billy Lucas, un petit garçon sensible, grandit dans l’admiration de son frère aîné James, qui s’efforce de les protéger de la violence de leur père alcoolique. Heureusement pour eux, leurs voisins Ernie et Rosemary, un couple sans enfant, les aiment comme leurs fils. Mais James s’engage dans les Marines et part au Vietnam et Billy se retrouve en première ligne face à son père. Quand James est porté disparu au combat, c’est son souvenir et son esprit qui soutiennent Billy pendant les difficiles années de l’adolescence, propices à l’errance et aux tourments. Mais aussi à l’apprentissage d’une certaine sagesse.

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CES ORAGES-LÀ · SANDRINE COLLETTE · JC LATTES

Clémence a trente ans lorsque, mue par l’énergie du désespoir, elle parvient à s’extraire d’une relation toxique. Trois ans pendant lesquels elle a couru après l’amour vrai, trois ans pendant lesquels elle n’a cessé de s’éteindre. Aujourd’hui, elle vit recluse, sans amis, sans famille, sans travail, dans une petite maison fissurée dont le jardin s’apparente à une jungle. Comment faire pour ne pas tomber et résister minute après minute à la tentation de faire marche arrière?

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SANS TOUCHER TERRE · ANTTI RONKA · RIVAGES

Marqué par le harcèlement scolaire qu’il a subi toute son enfance, le jeune Aaro, qui ne trouve sa place ni à l’école ni dans sa propre famille, envisage son entrée à l’université comme une possible réinvention de lui-même. Très vite, il comprend que le changement de décor ne fait rien à l’affaire: on s’emmène partout avec soi. Avec ce premier roman phénomène dans son pays, itinéraire d’un alien ordinaire terriblement attachant, non dépourvu d’humour et d’autodérision, le jeune Antti Rönkä révèle une voix singulière et irrésistible. Comme une version finlandaise du tube de Radiohead: Creep.

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FLORIDA · OLIVIER BOURDEAUT · FINITUDE

Tout commence comme un conte de fées. Pour ses sept ans, Elizabeth a reçu une robe de princesse et quand elle gagne le concours de mini-miss auquel sa mère l’a inscrite, on pose une couronne sur sa tête. C’est le début de l’enfer, le début d’une enfance volée. D’autant qu’Elizabeth ne gagnera plus. Elle a un physique de deuxième, elle n’y peut rien, et c’est le drame de sa mère. Elizabeth se met à détester le monde entier et, avec l’adolescence, rien ne s’arrange. Son corps devient son ennemi. Le maîtriser c’est maîtriser son destin, alors elle décide de le mettre au service de sa vengeance, le transforme, le sculpte, le déforme. Elle ne sera plus jamais la Petite Princesse de personne…

Florida  est un roman puissant, ambitieux et réussi. Le pari était osé pour Olivier Bourdeaut de se glisser dans la peau d’une jeune héroïne aussi complexe. Et ça marche. Il réussit un roman dont le ton enlevé, l’humour et le rythme permettent d’évoquer de multiples thèmes: la dictature de l’image, le culte du corps et de la beauté, l’instrumentalisation, voire la sexualisation des enfants, l’ambition par procuration, le harcèlement, le mal-être adolescent… Le style est direct, presque parlé, radicalement différent de celui de ses deux premiers romans. Olivier Bourdeaut a pris des risques, il a bien fait.

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UN OCÉAN DE MINUTES · THEA LIM · XYZ

En 1981, Polly et Frank se retrouvent privés de ressources, coincés au Texas où ils ne devaient faire qu’un bref séjour, tandis qu’une grippe virulente se propage en Amérique. Frank tombe malade; en quelques jours à peine, voilà que la mort le guette. Polly, prête à tout pour le sauver, apprend que la compagnie TimeRaiser a inventé une machine à voyager dans le temps et qu’elle accepte de payer les traitements pouvant guérir Frank, à une condition: Polly devra faire un aller simple de douze ans dans le futur, et être au service – pour ne pas dire à la merci – de l’entreprise durant trente-deux longs mois.


Frank et Polly se promettent de se rejoindre à Galvestone en 1993 pour reprendre leur relation là où ils l’ont laissée. Malheureusement, leurs plans sont chamboulés lorsque Polly est réacheminée sans avertissement en 1998, soit cinq ans plus loin dans le futur.

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VA ME CHERCHE BABY DOLL · LUCIE LACHAPELLE · XYZ

Cartouche vit dans une cabane en forêt, en Abitibi, depuis qu’elle est sortie de prison. Il y a quelques jours, elle a reçu une missive de son amie Manouche: Va me chercher Baby Doll. Manouche est une ex-prostituée qu’elle a connue en prison. Elle souffre d’un cancer et n’en a plus pour longtemps. Baby Doll, c’est sa fille. La jeune femme a été vue pour la dernière fois dans un quartier malfamé de Toronto et Manouche s’inquiète. Cartouche n’a pas eu à réfléchir très longtemps. Elle est partie aussitôt, décidée à fouiller les rues, les ruelles, les bars et les hôtels, avant que Baby Doll ne prenne définitivement le bord du trottoir et des aiguilles dans la peau. À bord de son pick-up et accompagnée d’une corneille, Cartouche sillonne le pays, de Senneterre en Abitibi jusqu’à Saskatoon en Saskatchewan.

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FILIBUSTE · FRÉDÉRIQUE CÔTÉ · CHEVAL D’AOÛT

Par un souper du dimanche, où la mère sert immanquablement de la soupe à ses trois filles, le père est impliqué dans un événement qui aura tôt fait de se transformer en fait divers. Delphine, Flavie, Bébé et leur mère apprennent la tragédie dont ce dernier est responsable, occupées par leurs propres drames. Le gala de Loft Story, les petites chicanes, les grosses, pleines de ressentiment, la place que chacune occupe dans la famille, la mère qu’on blâme pour tout. Dans Filibuste, le père tient le rôle principal, mais ce sont les femmes qui se racontent.

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NON FICTION

LA FILLE DE 50 ANS · MALIN LINDROTH · GLOBE

Un travail intéressant, une vie intellectuelle, des amis… Mais un célibat involontaire qui dure depuis trente ans: amours déçues, refus, rebuffades, questions indiscrètes, solitude profonde, conseils déplacés, condescendance… Malin Lindroth a cinquante ans quand elle réalise qu’elle n’aura pas d’enfants. C’est l’occasion pour elle de réfléchir à son histoire qui est aussi celle de ces millions de femmes qui continuent de chercher «une vie à soi» tout en se confrontant aux normes de la vie de couple. Car, dans le monde occidental, la vie à deux constitue non seulement la plus haute expression de l’amour, mais la seule et unique. Vivre seule est vu comme un échec, ou une parenthèse en attendant mieux. Que faire de cet échec? Se laisser inspirer par le kintsugi, peut-être, cet art japonais de la réparation qui consiste à souligner à la poudre d’or les cicatrices des porcelaines et des céramiques brisées. La peur de la solitude et tout ce que nous faisons pour y échapper est bien souvent plus blessant que la solitude elle-même. «Notre besoin de consolation est impossible à rassasier», écrivait le suédois Stig Dagerman. Malin Lindroth lui donne tort avec ce livre éblouissant d’humanité qui, comme La Femme de trente ans de Balzac en son temps, donne aux femmes le droit d’être reconnues par la société en dehors des diktats de l’époque et de la loi du marché. Tout à la fois essai et témoignage, La Fille de cinquante ans pose une question essentielle: quelle place reconnaître aux femmes seules qui aiment toujours autant vivre et aimer? Au siècle dernier, en Suède – pays pionnier du féminisme –, elles avaient plus de droits que les femmes mariées.

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PAS LES MÈRES · KATIXA AGIRRE · GLOBE

C’est fou le nombre de choses que les mères ne font pas: boire, faire la fête, avoir une vie, voir du monde, écrire. Alors qu’elle fait ses premiers pas balbutiants dans la maternité, une romancière à succès apprend qu’une de ses anciennes connaissances vient de noyer ses jumeaux. Le fait divers secoue toute l’Espagne, mais pour elle, l’histoire devient une obsession. Elle demande un congé sabbatique, non tant pour élever son enfant que pour se lancer dans une enquête vertigineuse sur ce crime. Parmi les choses que les mères ne font pas, il y avait aussi tuer. Mais ça, c’était avant.

En s’attaquant au tabou des tabous, l’infanticide, en questionnant le rapport entre maternité et création, avec Doris Lessing ou Sylvia Plath, en évoquant sans fard la vie secrète, solitaire et ennuyeuse, de la jeune maman, en croisant le fer avec les «mères à l’enfant» triomphantes et caricaturales des magazines, Katixa Agirre questionne la violence, l’ambivalence et les bouleversements que charrie l’enfantement dans une société résolue à les passer sous silence. Elle ne donne pas de réponse. Elle se contemple dans un miroir trouble et obscur. Son roman, mené comme un thriller, mêle brillamment chronique judiciaire et récit intime, et met en lumière les fragilités et les gouffres méconnus des mères débutantes. Il n’en est que plus perturbant, courageux et nécessaire.

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Littérature pour ado

MOI AUSSI, JE SAIS VOLER · AMY REED · ALBIN MICHEL

Billy et Lydia n’ont pas grand-chose en commun si ce n’est leur ville oubliée du monde et l’absence d’une mère. Et pourtant, c’est ensemble qu’ils vont faire vaciller le monde. Alors que l’optimisme sincère et souvent naïf de Billy se heurte au cynisme de Lydia, leur amitié grandit. Pendant ce temps, les événements étranges se multiplient: un brouillard épais enveloppe la ville, la maison de Billy semble se réveiller d’un long sommeil… Et Lydia recommence à danser, à vivre, à voler.

Amy Reed signe un roman magistral, peinture sans concession de l’Amérique de Donald Trump, avec des accents de réalisme magique qui rappellent aussi bien Laura Kasischke que Garcia Marquez.

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Et toi, quel(s) titre(s) te tente(nt)?

  1. De mon côté, j’avais repéré le « O » qui m’intrigue et m’effraie à la fois, ainsi que le « Sans toucher terre ».
    Je n’avais pas vu passer le « Nature morte… » qui m’a l’air pas mal non plus.
    Sinon tu m’as fait un fausse joie avec le Mary Relindes Ellis que je ne croyais être, au premier coup d’œil, un nouveau roman mais qui n’est que la réédition sous un titre fidèle à l’original du superbe « Wisconsin ».

    1. Comme toi, O m’intrigue et m’effraie à la fois. Je lirais un extrait et je verrai.

      Alors, toi aussi tu es fan de Mary Relindes Ellis? À ce que je vois, vous être plusieurs à avoir lu Wisconsin?

    2. Fan de Mary Relindes Ellis, je ne sais pas, mais de « Wisconsin », absolument. En revanche, son second roman, « Bohemian Flats » m’avait peu convaincu.
      Du coup, j’attends de « faire la belle » avec son prochain opus… et j’ai cru que l’heure était arrivée 😀

    3. C’est bon à savoir.
      Alors donc, j’attends avec impatience Wisconsin / Le Guerrier-tortue. Pour Bohemian Flats, ce sera à voir par la suite. Je crains qu’il n’y ait rien de plus à lire d’elle…

  2. Une belle sélection. Le ERDRICH sera bientôt en lecture chez moi 🙂 Le guerrier tortue et les pionniers vont surement rejoindre ma pal ! TU NE DÉSIRERAS PAS me tente ENORMEMENT par contre je n’arrive pas à comprendre si c est des nouvelles ou pas 🙁

    1. Nous sommes raccords sur plusieurs titres, des valeurs sûres!
      Pour Tu ne désireras pas, ça reste un mystère pour moi. D’où le fait que je le surveillerai de près.

  3. Une sélection conséquente ! J’ai le dernier Erdrich, sous le coude, forcément ! Malgré les similitudes avec La servante écarlate qui est pour moi un must absolu Pour les autres titres, ma foi … Je me verrais pas commencer la série des saisons d’Ali Smith.
    Pour word press, tu vas voir, on s’habitue vite, mais je reste sur l’éditeur classique, pour ma part, la nouvelle proposition en « blocs » me saoule !

    1. Le Erdrich, forcément, oui. La barre sera haute et je pense qu’il ne faut pas faire de liens avec La servante écarlate, au risque d’être sinon déçue.

      Pour WordPress… je m’y habitue vite, mais j’ai préféré me familiariser tout de suite avec les blocs, histoire de ne pas être déstabilisée lorsque l’éditeur classique disparaîtra! J’apprends…

  4. Oh, je ne sais pas pourquoi, ton blog ne remonte pas dans ma « blogroll » quand tu publies un article, du coup j’ai failli louper celui-là.. de belles envies, dis-moi.. j’essaie de me restreindre, là, je déborde, je ne note que le Katixa Agirre, dont je n’avais jamais entendu parler, mais qui me tente terrrrriblement !!

    1. J’en suis encore au niveau du tâtonnement et des ajustements du blogue. J’apprends d’Electra que je ne peux pas avoir de blogroll active et dynamique dans WordPress. Du coup, je dois moi aussi chercher pour voir les mises à jour de mes blogues de référence. D’où mon retard dans mes lectures des chez vous… Grrrr

      J’avoue qu’il est très très tentant, le Katixa Agirre!

  5. Allo, c’est Diane (anciennement isianddi). Que de belles trouvailles, je note plusieurs titres ! Et félicitations pour ton nouveau blogue, c’est très beau. Je suis d’ailleurs ravie que tu reprennes du service.

    1. Ah, un nouveau Vlautin! Ça fait mon année, ça! Le Erdrich? Je suis curieuse, mais tout de même étonnée qu’elle marche dans la même voie qu’Atwood. Globe reste toujours pour moi un éditeur d’étonnement. J’y trouve de vraies pépites…

      Bref, l’hiver littéraire s’annonce costaud!

  6. Je viens de vérifier, Le guerrier tortue de Mary Relindes Ellis a déjà été traduit et publié sous le titre « Wisconsin », que j’ai évidemment, vu que j’adore cet auteur qui a bien trop peu écrit.

    1. Tu me l’apprends! J’ai déjà convoité Wisconsin, sans sauter le pas. Raison de plus pour que je mette la main sur ce guerrier!

      Elle n’a publié que deux romans, c’est bien ça? Et tu as lu les deux?

  7. Bienvenue sur wordpress !
    Que de tentations ! de quoi remplir ma PAL qui déborde déjà !
    Je note donc Willy Vlautin (aussi vu chez Electra), je n’ai jamais lu de Louise Erdrich, sans doute que je devrais, et puis, Le chant des plaines, oh et un nouveau Mary Relindes Ellis (même si j’imagine qu’il est ancien), et aussi La fille de cinquante ans – évidemment.

    1. wordpress me donne de l’urticaire, mais je commence à comprendre et à me dépatouiller!

      Pour Erdrich, il y a, pour moi, une grande différence entre ses premiers romans et ses derniers. La construction de ses premiers est plus riche et complexe. Ses derniers romans sont plus «populaires», quoique passionnants.

      Pour Mary Relindes Ellis, ce sera une première pour moi. Sachant que tu l’adores, ça m’intrigue d’autant plus!

      Et… La fille de cinquante ans: évidemment!

    2. Ah un livre de moins à noter alors, merci Sunalee, j’ai lu Wisconsin que j’ai adoré et ensuite j’ai son second que j’ai aimé, mais un peu moins.

    3. de rien ! c’est en faisant des recherches que j’ai remarqué que la couverture de Wisconsin était la même que pour The turtle warrior, ce qui m’a mis la puce à l’oreille.

  8. Cool, te revoilà, et sur wordpress en plus ! Tu verras, c’est tout facile. Je note quelques titres, le Louise Erdrich notamment. je suis dans le dernier Gaelle Josse, j’adore !

    1. Me revoilà, oui. Facile? Je ne suis pas encore en mesure de l’affirmer. Je me débrouille, mais avant d’être une pro, il y a de l’eau qui devra couler sous le pont!

      J’ai bien l’impression que le Erdrich va cartonner et qu’on le verra un peu partout.

      Gaelle Josse… Voilà une auteure qu’il me faudrait bien découvrir un jour!

    1. Mes premiers pas sur WordPress sont plutôt chancelants, mais je vais prendre de plus en plus d’assurance!

      Comme tu as pu le constater, à peu près aucun titre français, sauf pour le Collette. Pour ça, je me fie à ta propre sélection!

  9. Bienvenue sur WordPress !!!
    Une sacrément belle sélection, dis donc, et beaucoup de tentations.
    Nous en avons deux en commun : le Ali Smith et le Caoilinn Hugues, je les attends tous deux avec une grande impatience !

    1. Il me fallait passer à WordPress. Blogger me faisait des misère! Je tâtonne beaucoup et je n’ai pas terminé de mettre le tout à ma main. Plusieurs heures à y passer encore, et encore. Heureusement que je suis motivée!

      Le Caoilinn Hugues est très très intriguant. Hâte de l’avoir en main. Et Ali Smith, évidemment! Il était temps qu’il poursuive la parution de ses traductions!

      Maintenant, il me faudra patienter, comme d’habitude. Un bon mois de décalage entre l’arrivée chez vous et chez moi de ces nouveaux titres.

  10. Waouh ! Bienvenue sur wordpress ! Alors parmi les livres que tu présentes, il y en a pas mal qui me font envie aussi (Louise Erdrich, Mary Relindes Ellis, Willy Vlautin), et d’autres que je connais pas et que je découvrirais volontiers ! Rhoooo et moi qui m’étais dit que je m’en ficherais de la rentrée littéraire de janvier…

    1. WordPress, oui. J’apprivoise la bibitte!

      Je m’étais aussi dit que je fermerais les yeux devant cette nouvelle rentrée. Mais comment serait-ce possible, avec tous ces auteur(e)s?

      On reste aux aguets!

  11. Alors, me voilà de retour ! mais tu m’as filé des envies, quelle horreur LOL
    Je note plein de romans de chez Bourgois mais également NATURE MORTE AVEC CHIEN ET CHAT car j’ai déjà entendu parler de ce roman et puis j’adore lire sur le milieu psychiatrique (même si je ne fais pas de billets sur les livres que je lis)
    zut … lol !

  12. Je me doutais bien que le Erdrich serait sur ta liste ! il est dans ma PAL, lecture prévue tantôt. Par contre, le Collette, j’ai un peu lâché, le côté « victime » de l’héroïne m’a vite agacée (mais je le reprendrai plus tard parce que c’est une plume que j’adore)

    1. J’ai hâte de savoir ce que tu penseras de ce dernier Erdrich. Elle sort de ses sentiers battus avec cette intrigue.

      J’avais vu, sur IG, ta déception pour le Collette. Comme je sais que tu adores cette auteure, ça freine un peu mon envie. Surtout s’il y a un côté «victime»! Ça, j’ai bien du mal. Je me demande si tu arriveras à le reprendre et à le terminer! Et… à me donner l’envie de mettre la main dessus!

  13. Hello ! Contente de te retrouver par ici 🙂 TU m’as donné envie pour le Chant des plaines, j’ai noté. Et sinon je me suis régalée avec Hiver d’Ali Smith! Je l’ai encore plus aimé que Automne. Hâte que mon université réouvre pour emprunter la suite. Joyeuse année à ton nouveau blog, tout beau tout frais.

    1. Plutôt intriguant, ce Chant des plaines. Cette virée dans le Nebraska ne semble pas piquée des vers!

      Pour Hiver, ça me ravie d’apprendre que tu l’as préféré à Automne. J’ai d’autant plus hâte de le lire.

      Tu as de la chance de lire en anglais!

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