Va me chercher Baby Doll · Lucy Lachapelle

Je te résume vite fait.

Ça fait deux ans que Cartouche est sortie de prison. Je te dis pas pourquoi elle y était. Ça gâcherait le truc. Déjà, avec un tel surnom, ça en dit long sur la jeune femme. Cartouche, donc, vit «en recluse dans la forêt,  dans une cabane en bois rond au bord d’un grand lac». À l’ancienne. Sans électricité. Sans Internet. Des bécosses dans le fond de la cour et tout et tout. Elle reçoit un mot de Manouche, une ancienne détenue grugée par le cancer. Le mot demande qu’elle lui ramène sa fille. La Baby Doll du titre. Une Baby Doll partie sur une chire. Cartouche embarque dans son pick-up et prend la route. De Senneterre à Saskatoon, de bars en motels, elle cherche Baby Doll.

En gros, ça ressemble à ça.

Ça aurait pu être très bien. C’est le genre d’histoires que j’aime siroter. Ça a été bien, mais sans plus. Comme un gros cadeau de Noël emballé avec des étoiles toutes brillantes sur le papier. C’est alléchant. Mais une fois la boîte ouverte…

Des mots pour m’emporter.

J’ai grandi à Porcupine, une petite ville du nord de l’Ontario à l’horizon bouché. Ma famille habitait une roulotte déglinguée, sans roues, montée sur des blocs de ciment. Mon enfance, je l’ai avalée de travers.

D’autres pour m’agacer.

Il prend son bagage, s’éloigne. Mon cœur va exploser de joie. Je vais mouiller ma petite culotte. Je reviens sur terre.

Parce que l’image de cette jouvencelle en rut cadre mal avec la femme de trente-cinq ans qui accroche le crâne d’une corneille à son rétroviseur.

La façon dont Lucie Lachapelle enfile ses mots ne m’a pas enthousiasmée. Comme une bonne soupe aux pois, mais qui manque cruellement de sel. Ça sustente son homme, sans plus.

Plusieurs personnages manquent de chair ou passent en coup de vent. Plutôt que de faire partie intégrante de l’intrigue, ils restent en suspens dans les marges. Des personnages à peine présentés, oubliés quelques lignes plus loin. J’ai aussi trouvé que le gars des vues était trop souvent présent. J’ai eu l’impression que tout allait trop vite, dans ce roman. J’aurais aimé un demi-marathon, je me suis retrouvée dans un 300 mètres sprint.

Le recueil de nouvelles Histoires nordiques m’avait beaucoup plu. C’était en 2013. Peut-être qu’à l’époque, j’étais moins tatillonne sur le style? Peut-être, aussi, que c’était juste mieux?

Va me chercher Baby Doll, Lucie Lachapelle, XYZ, 2021, 192 p.

Note : 2 sur 5.

@ unsplash / Garrett Butler

16 Comments

  1. Merci de nous éviter des déceptions 😀

    1. Il ne faut pas toujours m’écouter!

      Tu as eu de si agréables lectures publiées chez La Peuplade, dernièrement, alors que moi, je suis passée à côté…

      1. C’est vrai, mais je sens que je peux aimer ou pas.. Là, non !

  2. « Mon enfance, je l’ai avalée de travers », ça augurait bien pourtant ! Mais vu ton le reste, je vais passer mon tour, c’est sûr 😊

    1. Il y a de belles phrases, des images fortes et marquantes. Mais l’ensemble souffre d’un certain manque de profondeur, sans parler de quelques invraisemblances. Ce qui est vraiment dommage.

  3. bon allez vite lu ! vite oublié 😉 hâte de savoir ce que tu lis ces jours-ci !

    1. Vite lu, assez vite oublié, en effet. Malgré tout, certaines scènes me reviennent en tête.

      Pour ce que je lis présentement… Un excellent roman que tu as lu aussi. Je suis du côté de l’Argentine et je m’y plais beaucoup!

  4. De même, le résumé et le titre auguraient du bon… tant pis, on lira autre chose !

    1. Et ce n’est pas comme s’il n’y avait rien à lire, hein?!

  5. Et pourtant, le résumé m’allait plutôt bien, c’est le genre de roman qui me tente. Alors forcément, ce que tu en as pensé, ben, ça m’a refroidie d’un coup. Quel dommage ! Bon, si tu devais me donner à lire un seul roman québecois, lequel me suggèrerais-tu ?

    1. Tout est une question de sensibilité et de réceptivité! Dans le cas présent, j’ai été plutôt échaudée, malgré l’excellent prémisse de départ.

      Alors, si tu ne devais qu’un seul roman québécois, je te suggérerais l’un de ces quatre là. Impossible de trancher!
      Il pleuvait des oiseaux de Jocelyne Saucier. De bois debout de Jean-François Caron. Le poids de la neige de Christian Guay-Poliquin. La femme qui fuit d’Anaïs Barbeau-Lavalette.

      En même temps, ça dépend de ton mood! Car selon ton mood, je te conseillerais celui-ci plutôt que celui-là, ou encore un autre! Donc, il est comment, ton mood actuel?!

      1. J’ai lu le poids de la neige et j’ai beaucoup aimé. De bois debout est noté depuis longtemps. Il pleuvait des oiseaux aussi. L’autre je ne connais pas. Je te remercie pour ces conseils de lecture !
        Mon mood actuel est plutôt noir de chez sombre…

        1. Oh, on partage un même mood. Du noir de chez sombre, ça se prend toujours très bien!

  6. Allez, on oublie et au suivant alors! 😉

    1. Exactement! C’est déjà fait, d’ailleurs!

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