Ce matin-là · Gaëlle Josse

Après Nature morte avec chien et chat, je n’ai pas perdu de temps pour remettre ça avec une autre histoire de femme qui va mal. Contrairement à l’histoire tricotée par Binnie Kirshenbaum, celle de Gaëlle Josse ne donne ni à rire ni à sourire.

L’entrée de Clara dans la vie adulte augurait bien. Tout s’enlignait pour être bien accordé avec ses envies. Il a suffi d’un événement tragique pour venir mettre une roche dans la roue, la faisant dévier de sa trajectoire. C’est une tout autre vie qui s’est imposée à elle. Elle a fait les choix qu’elle a fait, certes. Tout semblait aller bien, un feu roulant, quelques anicroches ici et là, mais rien de dramatique. La vie, en somme. Jusqu’à CE matin-là, ce matin où la voiture refuse de démarrer. C’est la goutte qui fait déborder – exploser serait plus juste – le vase. Clara souffre d’un burnout. Elle perd le goût pour tout. Elle est en déroute. Je te fais fi de la suite.

Elle repense à ce qu’elle est aujourd’hui, une âme défaite, une âme épuisée, fourvoyée. Elle veut appartenir à nouveau au souffle de la vie, quitter les rives du ressassement, des pensées mâchées et remâchées qui ferment son horizon. Ce qu’elle craint, c’est d’éprouver la haine, l’acidité de l’échec, l’amertume qui voile le regard, soude les mâchoires et écrase les commissures des lèvres. Elle craint l’indifférence, l’anesthésie, ce double vitrage entre la vie et elle. Elle craint de renoncer, de s’habituer au voile mat qui recouvre ses jours. Elle craint de s’éveiller un matin en haussant les épaules et en pensant c’est comme ça, maintenant. C’est la vie, Sans allant. Sans élan. Elle panique. Où est la vie? Où s’est-elle enfuie?

Gaëlle Josse, je l’ai découvert avec Une femme en contre-jour, un roman-portrait que j’avais trouvé pas piqué des vers. Avec Ce matin-là, on retrouve à nouveau un portait de femme. Si j’ai apprécié la façon dont elle dépeint un milieu du travail malsain et toxique, j’ai trouvé les personnages sans grande consistance, bien peu attachants. J’ai aussi trouvé que les coutures de l’intrigue étaient par moment trop apparentes. Et la fin! Une fin trop rose et trop facile à mon goût. Si tout le monde pouvait sortir aussi facilement et rapidement d’un burnout, les psys feraient faillite!

Je pense que bien plus qu’un roman sur l’épuisement professionnel, Ce matin-là traite de la reconstruction, de l’importance de suivre sa voie, d’écouter sa voix, d’agripper la main tendue, de foncer, quitte à foncer direct dans le mur. Mais sans regret. Tu le sais, qui ne tente rien n’a rien.

C’est la première fois que j’achète un livre dont le bandeau et la couverture ne font qu’un. C’est une très mauvaise idée!

Ce matin-là, Gaëlle Josse, Noir sur blanc, 2021, 224 p.

Note : 2 sur 5.

© unsplash / Avery Cocozziello

  1. J’aime bien cette autrice pour ma part, avec des titres moins convaincants que d’autres peut-être, mais dans l’ensemble j’y trouve une part de sensibilité qui me parle. Comme Mumu, mes deux préférés sont Les heures silences et Une longue impatience. L’héroïne a peut-être des réactions incohérentes, mais qui sonnent juste dans l’univers qui est le sien.

    1. Au final, vous êtes plus nombreux à apprécier Gaëlle Josse, que le contraire. Pour ma part, je vais lire Les heures silences ou Une longue impatience, histoire de faire pencher ma balance. Jamais deux sans trois. Après, on verra bien pour la suite!

  2. Comme tu sais, j’ai découvert Gaelle Josse il y a peu avec Une longue impatience. J’ai été emportée dès les premières lignes par l’écriture et la manière de raconter, cela se passe en Bretagne en plus ! Mais j’ai peu à peu déchanté, quand même. Certains passages sont très touchants, mais l’héroïne manque de cohérence. Certaines de ses réactions m’ont laissées dubitative. Un côté excessif que j’ai fini non pas par comprendre mais par accepter, mais l’histoire est partie quand même vers quelque chose qui ne m’a pas plu plus que cela finalement, et la fin m’a vraiment trop énervée ! J’ai pourtant envie de remettre ça, l’envie de retrouver ces quelques très beaux élans qui parsemaient le livre. J’avais noté le gardien d’Ellis Island, j’espérais aussi celui-ci mais ton avis me refroidit, et sur les conseils plus haut de Mumu dans le bocage, je rajoute Les heures silencieuses ! C’est sans doute celui-ci que je vais lire en premier d’ailleurs 🙂

    1. Ah, et pour les bandeaux intégrés à la couverture, c’est absolument atroce, je suis d’accord. Limite ça me donnerait envie de ne pas acheter le livre, carrément.

    2. Il faut que le livre soit vraiment tentant pour passer outre ce bandeau. Sinon, le fichu bandeau intégré pourrait me faire attendre la version poche.

    3. Oh, tes explications ne me poussent pas vers cette Longue impatience! Ton ressenti est très bien décortiqué. Je risque fort de buter sur les mêmes points.

      Au final, je commence à doute que je vais remettre ça!

  3. J’ai plutôt aimé sa façon très juste de décrire la dépression. Notamment le fait que l’envie de vivre revient grâce à quelque chose d’apparemment anodin (dans le livre, un bouquet de tulipes. Pour moi, c’était une robe vu dans une boutique de Montréal). Ce livre n’est pas parfait, certes, mais je suis pour toutes les œuvres qui rendent la dépression accessible et peuvent lutter contre la stigmatisation.
    En revanche, je n’en parlerai pas sur mon blog vu que je n’en ai plus, ni compte Instagram d’ailleurs !

    1. Tu disparais des Internet? Tu m’expliques?

      Par ailleurs, comme toi, je suis pour tous les livres qui déstigmatise la dépression sous toutes ses formes.

    2. Ça fait plus de six mois maintenant. Je ne supportais plus Instagram, la course aux j’aime et tout ça. Et le blogue, j’ai perdu l’envie. Je songe à écrire à nouveau sur les livres mais autrement.

    3. Je comprends très bien. J’ai aussi vivoté pour IG. Je me suis délestée de toute pression. Je publie à mon rythme, sans la moindre compétition. En fait, je suis très détachée. Mon IG me sert surtout de journal de lectures visuel plus qu’autre chose. Pour le blogue, après un interruption de six mois, j’y suis revenue. Ça me manquait!
      Ton «autrement»… Tu as une idée de la façon dont il s’incarnera?

  4. bon, tu te souviens de mon argumentaire sur son précédent alors qu’on se prenait un café en attendant les filles ? j’avais pas du tout aimé donc du coup je passe tranquillement mon chemin …. je sais déjà où il est rendu ce livre LOL

  5. Je n’ai pas encore lu l’auteure mais suis très curieuse de la lire bientôt. J’ai déniché tout récemment en bouquinerie « Une longue impatience », je commencerai donc par celui-là.

  6. Je n’y arrive pas avec cette auteure, j’en ai lu deux qui m’ont laissée de marbre, rien à faire Gaëlle Josse ne m’émeut pas. Est-ce à cause de la brièveté de ses textes ? Est-ce à cause des histoires ? De l’écriture ? Je ne sais. Mais elle est adulée par une grande partie de la blogosphère et je ne comprends pas pourquoi, je n’accroche pas…

    1. Ahhhhh, ce que j’aime ce genre de commentaire tranché et assumé! On sait à quoi s’en tenir et moi, j’adore ça!

      C’est vrai qu’elle est adulée par une grande partie de la blogosphère. Pourquoi? Je ne saurais le dire, moi non plus. Je ne suis pas la plus emballée, comme tu peux le constater!

  7. Mince. Il est dans ma PAL depuis sa sortie…j’espère qu’il me plaira. Je l’ai un peu acheté sur un coup de tête, chez moi Gaëlle Josse ça passe ou ça casse, il me manque souvent un petit quelque chose.

    1. Alors, j’ai très hâte de savoir si ça passe ou si ça casse!
      Lesquels ont passé. Et lesquels, non?
      Je compte en lire un troisième pour trancher. Je pense aller vers Une longue impatience. Je fais bien?

    2. Oui tu fais bien, Une longue impatience est mon préféré. Je l’ai apprécié mais sans coup de cœur. Disons qu’il a su me toucher.
      Le dernier gardien d’Ellis Island m’a déçue, trop mièvre pour moi, peut-être avais-je des attentes différentes (il s’agit plus d’une histoire d’amour que d’Ellis Island).
      L’ombre de nos nuits m’a laissée de marbre mais j’ai beaucoup aimé Une femme à contre-jour.
      Je me rends compte que j’y reviens quand même toujours…

    3. J’ai aussi beaucoup apprécié Une femme à contre-jour. Je sais vers lequel aller. Vivement Une longue impatience, mais pas pour tout de suite. Je vais décanter Ce matin-là d’abord!

  8. Comme tu le sais j’ai été plus emballée que toi avec cette lecture même si ce n’est pas mon favori. La justesse de ses mots m’a séduite une fois de plus mais je peux comprendre ton ressenti sur le dénouement qui, je te l’accorde, est un peu facile en effet. Mon préféré de Gaelle Josse reste Une longue impatience. En tant que mère, il m’avait particulièrement touchée et je suis tombée en panne de kleenex à cause de lui 😉

    1. Oui, je sais ton enthousiasme. Au moins, tu me rassures. Je ne suis pas seule à trouver le dénouement un peu facile.

      Bon ben, jamais deux sans trois! Je vais me procurer Une longue impatience!

    1. J’ai lu, quelque part, une critique assassine sur ce roman. La personne disait qu’elle avait fait un burnout et que le traitement qu’en fait Josse est trop rose, éloigné de la réalité profonde. Ses arguments étaient convaincants. Après quoi, j’ai terminé le roman avec un regard moins… indulgent.
      Par conséquent, je suis très curieuse de savoir ce que tu en penseras…

      Tout lu de Josse? Est-ce que toi aussi, comme plusieurs, ton préféré est Une longue impatience. Il m’intrigue, en tout cas.

    2. Oui c’est un de mes préférés mais j’ai également beaucoup aimé Les heures silencieuses. J’aime beaucoup sa délicatesse, sa sensibilité mais sur Vivian Mayer m’avait déjà moins plu. J’ai lu également des critiques assez severes et peut-être que c’est une auteure plus pour l’imaginaire que pour le réel…..😉

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