Par une mer basse et tranquille · Donal Ryan

J’ai découvert Donal Ryan avec Le cœur qui tourne. Son roman m’avait pris par la main et m’avait fait faire une roulade dans les airs. J’en étais sorti encore plus dépeignée que je le suis d’habitude. Ses deux romans suivants ne m’avaient pas fait revoler aussi haut. Mais avec Par une mer basse et tranquille, c’était reparti pour un tour.

Ce roman, je l’ai lu d’une traite. Sa marque, elle l’a laissé après. Depuis, plusieurs images reviennent cogner dans ma tête.

Par une mer basse et tranquille est découpé en quatre parties, une pour chaque homme, et une dernière dans laquelle ils sont réunis. Ces trois hommes ont tous atteint le fond de leur baril. Farouk, le médecin, a quitté sa Syrie natale avec femme et enfant. Le jeune Lampy a été rejeté par Chloé, son premier grand amour. John a perdu son frère, l’enfant chouchou du paternel. À l’aube de ses derniers jours, il se confie et raconte comment la mort du fils prodige a laissé une empreinte indélébile dans sa vie.

Y’a des cicatrices qui ne cicatrisent jamais. Faut juste apprendre à vivre avec. Chez certains, la douleur écrase le dos, faisant marcher croche. Chez d’autres, la douleur rend méchant, les crocs sortis. Farouk, Lampy et John avance avec les forces qu’ils ont, ils trébuchent souvent. Des fois, des mains se tendent, douces, enveloppantes. Mais pas souvent.

Il est inutile de blâmer les autres lorsque les choses ne sont pas comme nous aimerions qu’elles soient.

Il lui arrive de l’observer tout en tricotant dans la salle de séjour, et elle ressent une bouffée de plaisir simple lorsque son visage se plisse de rire en entendant les remarques qu’elle fait parfois, lorsqu’elle joue de sa langue acérée envers ceux qui l’entourent, les sourds et les séniles, et elle a envie de lui dire : Ne t’inquiète pas, mon petit, ne perds par ton temps à t’inquiéter, il n’y a qu’un rêve qui te sépare du jour où tu seras assis à ma place, à regarder un garçon comme toi en te demandant ce que tu as fait pour être soudain si vieux, et où sont passées toutes ces années.

J’ai eu un peu de mal avec le décalage entre la puissance d’évocation de la première histoire, celle plus douce de la deuxième et une curiosité blasée pour la troisième. La dernière partie, comme un serpent qui se mord la queue, est venue me piquer. Une fin comme un coup de circuit. Je me suis dit que Donal Ryan connaissait la fin de son roman avant de l’écrire. Sans quoi, comment aurait-il pu savoir que les fils de son intrigue tiendraient si solidement ensembles?

Y’a des personnages plus grands que le réel, dans ce roman. Le grand-père de Lampy est un de ceux-là. Son abnégation m’a fait pousser une larme. Y’a aussi des scènes plus impressionnantes qu’un film d’action en 3D. L’écriture, fine et subtile, m’a porté tout du long. Au final, l’impression laissée par ce roman est encore plus forte que sa lecture. Ce n’est pas rien.

Par une mer basse et tranquille, Donal Ryan, trad. Marie Hermet, Albin Michel, 2021, 256 p.

Note : 3 sur 5.

@ unsplash / Joël Stahlin

12 Comments

  1. J’aime bien ce que tu dis de ton état de lectrice après la lecture du coeur qui tourne … Moi aussi j’avais fait une roulade dans les airs … Je n’ai pas lu ses deux autres romans, pas attirée par les thèmes. Celui-ci me tente davantage et vu ce que tu dis de la construction, j’espère y retrouver un peu du chamboulis du coeur qui tourne !

    1. Je te l’envoie avec le recueil de nouvelles!

      Il en vaut la peine et je l’ai en double!

  2. Je n’ai jamais lu cet auteur, je n’en avais même jamais entendu parler avant de voir circuler la couverture de ce roman sur les réseaux. L’écriture a l’air puissante, j’aime beaucoup le dernier extrait que tu cites.
    Mais je préfère noter le roman qui t’avait dépeignée! En tout cas, je vais m’y intéresser de plus près c’est certain.

    1. Je t’encourage fortement à te pencher sur cet Irlandais. Il a une façon de construire ses romans qui me laisse pantoise.

  3. oui ! mais vu notre conversation, je sais pourquoi tu l’as noté ainsi ! c’est bien de reprendre les chroniques de fiction 🙂

    1. Oui, ça fait du bien de reprendre. Je trouve ça généralement plus facile de parler d’un roman que d’un recueil.

  4. Ce roman semble t’avoir vraiment marquée on dirait! Mais pourquoi ce petit nombre d’étoiles? Un auteur que j’ai déjà vu passé sur les réseaux et qui m’intrigue de plus en plus.

    1. Comme je l’écrivais à krol, 3 étoiles est pour moi très très bien. Deux et moins, on passe son tour. Donc, le 3 étoiles, ici, est par rapport à la lecture de son premier roman (coup de coeur) et pour l’ensemble du roman (deux parties très fortes, une forte et une moyenne).

      Je suis par ailleurs étonnée que tu n’aies encore jamais lu un de ses romans. Il en a déjà écrit quatre, tous différents. Je suis persuadée que tu y trouverais hautement ton compte.

  5. J’aime beaucoup quand une empreinte reste en moi après une lecture et parfois cela arrive parfois avec un livre qui, sur le moment, ne m’a pas enthousiasmée…. Celui-ci je le vois partout avec beaucoup d’éloges mais pour le moment je le concentre sur ma PAL mais la lecture des chroniques s’y rapportant va laisser une empreinte en moi…..😉

    1. Ah, les empreintes et les ravissements de la lecture. 😉

  6. J’avais déjà lu une chronique d’une blogueuse qui m’avait donné envie de lire ce roman et tu confirmes… mais tu as mis 3 étoiles, et ce que tu en dis me semble plus fort que ça ! De toute façon, il va falloir que je trouve ce livre !

    1. Il ne faut pas s’arrêter au nombre d’étoiles, sauf s’il n’y en a qu’une ou deux!

      Il est très très bien, ce roman. Mais moins ébranlant que son premier. Reste que pour l’histoire en elle-même et la façon dont il l’a tricotée, c’est à lire.

      Pour te dire: je l’ai conservé. Alors… Je ne conserve que les livres que j’ai vraiment aimé et que je risque de prêter ou relire.

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