Le nom des morts · Stewart O’Nan

Mon histoire avec Stewart O’Nan date de longtemps. D’avant le blogue. J’avais par hasard mis la main sur Emily, un roman sur les aléas de la vie d’une vieille femme, alors que j’étais encore toute jeune. J’avais enchaîné avec Nos plus beaux souvenirs et puis j’y étais allée à rebours, en engloutissant une bonne partie de son œuvre. À l’époque, lorsque je tombais en amour avec un auteur, je lisais tout. Le nom des morts, le deuxième roman de O’Nan, m’avait échappé. Le moment était venu de le sortir de ma PAL.

Ithaca, New York, 1982. Larry Markham est revenu du Vietnam depuis une dizaine d’années avec un pied en moins. Sa femme Vicki le quitte. Une fois de plus. Amenant sous le bras leur fils handicapé. Larry livre des gâteaux industriels dans les épiceries et stations-service du coin, un travail sans grand défi, choisi pour le refuge qu’il lui apporte. Un soir par semaine, il supervise un groupe de soutien pour d’autres vétérans. La relation entre Larry et son père médecin est pleine de malaises et maladresses. Ils ont fait la guerre, tous les deux. Le silence règne. Une chape de plomb. La relation avec sa sœur est tout autant boiteuse. Alors que Larry lutte pour réunir sa famille, la santé défaillante de son père devient un problème, tout comme ses sentiments croissants pour Donna, la voisine solitaire qui veille sur lui en l’absence de Vicki. Comme s’il avait les mains liées, Larry peine à s’attacher à quoi que ce soit et à qui que ce soit. Lorsque Creeley, un nouveau membre du groupe de vétérans, s’échappe de l’hôpital, Larry devient une proie. Il est traqué.

Aux chapitres ancrés dans le présent, alternent les chapitres ancrés dans la jungle du Vietnam. Larry, dix-huit ans, s’enrôle contre l’accord de son père. Infirmier de son peloton, il tente de faire face, de s’adapter. Le rendu détaillé de ses souvenirs est exceptionnellement puissant, prenant vie avec une violence horrible, une camaraderie complexe, des tensions, des pointes d’humour.

La guerre vivait en eux tel un organe supplémentaire, sécrétant de l’amour, de la terreur et de la pitié envers le monde – une sagesse nécessaire et parfois encombrante.

L’élément de suspense introduit avec Creeley, bien qu’adroitement mené, est pour moi l’aspect le moins intéressant du roman.

Sans y aller par quatre chemins, Le nom des morts est le meilleur roman qu’il m’ait été donné de lire sur la guerre du Vietnam et sur les empreintes qu’elle laisse quand on en revient.

Le nom des morts, Stewart O’Nan, trad. Suzanne V. Mayoux, Points, 2001, 592 p.

Note : 4 sur 5.

28 Commentaires

  1. Je n’ai lu qu’Emily et Nos plus beaux souvenirs, deux titres que j’avais appréciés, et puis, l’affût de nouveautés a fait que j’ai laissé passer les titres de cet auteur … Je note celui-ci, et aussi celui que mentionne Ingannmic pour y revenir tranquillou !

    1. J’en suis ravie! J’ai lu Emily et Nos plus beaux souvenirs dans la foulée, pour ensuite remonter à rebours. Étrangement, ses deux derniers romans ne m’intéressent pas… Par contre, moi aussi je note le titre qu’Ingannmic mentionne.

  2. Au sujet de la guerre du Vietnam, et des stigmates qu elle a laissés, je te conseille Au lac des bois de Tim O’Brien, qui fut un coup de cœur. Qua’t à O’Nan, que je ne connaissais pas, je vais garder son nom en mémoire !

  3. J’avais noté cet auteur, plus précisément Un mal qui répand la terreur. Savoir que tu l’apprécies me confirme qu’il faut absolument que je le découvre!
    Mais ce week-end je tente de rattraper mes chroniques en retard…

    1. Outre ces deux derniers romans qui ne me tentent guère, je te recommander fortement de découvrir O’Nan. Il a tout pour te ravir.

      J’espère que la rédaction de tes chroniques se passent comme tu le veux… Hâte de te lire!

  4. Oh tu ne peux pas savoir à quel point tu me ravis de mettre ce titre à l’honneur ici ! Comme toi, j’ai beaucoup lu O’Nan, que j’affectionne particulièrement et cette lecture notamment a été un choc.. ah mais je viens d’aller relire mon vieux billet, et je vois que tu l’avais commenté.
    Est-ce que tu as lu « Un mal qui répand la terreur » ? Je ne l’ai pas chroniqué car je l’ai lu avant le blog. C’est avec ce titre que j’ai découvert l’auteur, et il m’a marqué encore davantage que celui-ci. C’est d’ailleurs un titre un peu à part dans son œuvre, par son intensité, sa noirceur. Il faudrait que je le relise..

    1. Et tu ne peux savoir comment je suis heureuse que nous partagions notre enthousiasme pour O’Nan, trop méconnu à mon goût.

      Par ailleurs, je viens de commander Un mal qui répand la terreur. Ça allait de soi, maintenant!

      1. Je vois que tu as signé aussi pour Speed Queen, qui est un de ceux que j’ai le moins aimés, car je lui ai trouvé quelques longueurs. Mais je suis très curieuse d’avoir ton avis.

  5. J’ai beaucoup lu et aimé Stewart O’Nan mais ça fait longtemps que je n’ai plus rien lu de nouveau. « Speed queen » et « Un mal qui répand la terreur » étaient mes préférés à l’époque.

    1. Bon, je viens de commander ces deux titres. Je me demande d’ailleurs pourquoi je ne l’ai pas fait avant!

      Pour la nouveauté, j’ai l’impression qu’avec Derniers feux sur Sunset et Les joueurs, il prend une autre direction (qui m’inspire moins). Tu les as lus?

        1. Tu me fais réviser ma position pour Les joueurs… Peut-être vais-je l’ajouter à ma liste. Les chances sont finalement bonnes qu’il me plaise, au final. C’est du O’Nan, quand même!

          1. Tu sais quoi ? tu me donnes envie de relire cet auteur ! Préviens-moi quand tu commences « Speed Queen » et je le relirai en lecture commune, si ça te dis !

  6. C’est un auteur que je n’ai pas lu depuis un bon moment, la dernière fois ça devait être Les joueurs… j’ai aimé tout ce que j’ai lu de lui !

    1. Je suis ravie d’apprendre que tu le connais et l’affectionne, toi aussi!

      Peut-être que je devrais aussi lire Les joueurs? Avec Derniers feux sur Sunset, il me tentait moins, plus éloigné de ses thèmes habituels? Je me demande si j’ai tort!

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