Vernon Subutex · Virginie Despentes

Quel maringouin m’a piquée? Virginie Despentes, ici? Maud et moi, et cette idée lancée en l’air: et si on se faisait une lecture commune avec Vernon? J’étais rendue là: à le lire. Elle, pas encore. J’ai englouti Vernon Subutex en deux jours. Lu avidement, voracement.

Étrange impression. Oui, étrange…

Vernon Subutex, à quelques pas de la cinquantaine, voit sa vie partir en lambeaux depuis que sa boutique de disques a fait faillite. Il vivote, se retrouve sur la paille, n’ayant plus d’argent pour payer son appartement, à la porte. Il emprunte le lit d’un ami, le sofa d’un autre. De fil en aiguille, il se retrouve à la rue, la vraie.

Dit d’même, il n’y avait rien pour ruer dans les brancards.

Un roman parisien comme j’en lis très peu. Paris et sa proche banlieue, de ses appartements bourgeois aux trottoirs de la ville. Des bas-fonds aux hautes sphères. Les sujets abordés ratissent large et brûlent toujours d’actualité.

La galerie de portrait est impressionnante. Despentes brosse des personnages gris, complexes, tout en relief. Rendue là, la trame de fond devenait accessoire. La mort d’Alex Bleach, une célèbre rock star, sert de prétexte pour radiographier une société.

Le délitement de Vernon m’a fascinée.

Il ne se sent ni triste, ni désespéré. C’est une autre humeur, qu’il ne connaît pas. Un bruit blanc. L’image qu’avait l’écran de télé, la nuit, quand il était plus jeune. Un brouillard de points, un chuintement. Il n’y a plus que le froid qui lui paraisse bien réel.

Il commence même à concevoir une étrange satisfaction à être tombé si bas. Il sent, d’instinct, qu’il doit se méfier de ce penchant. Cette délectation de sa propre fin. En attendant, le froid est ce qui le préoccupe le plus, et il n’est pas mécontent de ne pouvoir se concentrer sur le flot de ses pensées.

Beaucoup de références musicales. Beaucoup de références cinématographiques, aussi. De quoi en perdre son latin pour une inculte comme moi!

Despentes fait avancer son roman par à-coups. Elle n’explique rien: elle observe. Aucune coquetterie ici, aucun bon sentiment, mais du féroce, du méchant et, en finale, un brin d’empathie pour l’humanité désabusée et égocentrique qu’elle met en scène. Quelques formules chocs, sous son œil affuté, font mouche. Un portrait social corrosif peint à petits coups de pinceau.

Je ne compte pas lire les deux autres tomes de la trilogie. Tu comprendras pourquoi dans mon prochain billet.

Vernon Subutex (1), Virginie Despentes, Livre de poche, 2016, 432 p.

Note : 3 sur 5.

22 Commentaires

    1. Si tu savais à quel point je tomberais en bas de ma chaise si je te voyais dévorer ce roman! Entre Despentes et toi, ça ne peut juste pas coller. Mais ça entraînerait, par contre, de très riches discussions!

  1. Tu le sais, j’ai adoré et j’ai adoré les trois ! J’aime cette manière qu’a Virginie Despentes de peindre un tableau de la société parisienne à petites touches sans concession.

    1. Je sais et d’ailleurs, tu es la première que je lis qui a adoré les trois tomes.

      Pour ma part, je vais en rester là, mais ce livre aura été marquant. Je trouve Despentes brillante et très habile pour dépeindre avec autant de vérité et de richesse autant de caractères. Et tous ces sujets qu’elle aborde… C’était précurseur de l’air du temps, je trouve…

  2. Tu l’as dévoré en deux jours, je me souviens l’avoir ‘trainé’ des semaines. Je ne l’ai pas détesté mais quelque chose n’a pas pris. Un goût d’après-soirée arrosée tout au long de ma lecture.
    Et je dois avouer ne plus me souvenir de grand chose aujourd’hui.
    Je me suis arrêtée là.

    1. J’ignore ce qui m’est arrivée! Oui, en deux jours.

      Un goût d’après-soirée arrosée? Pour ma part, j’ai en plus l’impression d’avoir les narines en feu. Ça sniffe en maudit dans ce roman!

      Le milieu dépeint n’a rien pour m’attirer. Mais la façon dont Despentes tricote son intrigue m’a captivée. Pour le reste…

      À moins de lire King Kong théorie, je vais m’en tenir à Vernon tome 1!

  3. J’ai apprécié ce premier tome, mais pas assez pour lire les suivants. J’ai beaucoup aimé certains personnages/rencontres, je regrettais de les quitter, et au contraire certains m’ennuyaient et j’avais hâte de passer au suivant. De Despentes, j’ai lu aussi King Kong Théorie, que j’ai beaucoup aimé. Plus que Vernon.

    1. Nous sommes donc dans le même état! Comme toi, certains personnages sont très bien ficelés, remplis d’aspérités. Ça m’a plu. La construction est habile, je trouve. Quand au fond, et surtout le milieu dans lequel baignent la plupart des personnages…

      Il me semble maintenant plus opportun de lire King Kong Théorie que de poursuivre avec Vernon!

    1. Tu as donc tenté l’expérience?

      Je comprends qu’il n’est pas question de remettre ça. Ça passe ou ça casse. Pas nécessaire d’insister. De même avec d’autres auteurs. Quand les sensibilités /et ou / les intérêts sont aux antipodes, je ne vois pas la peine d’investiguer davantage. Comme dans la vraie vie, quoi!

      Pour ma part aussi, King kong théorie, peut-être…

  4. Lu, apprécié mais au tome 2 abandonné et détesté…. J’ai beaucoup de mal à rc cette auteure…. Et puis j’ai lu King Kong théorie et là, malgré des sujets difficiles, j’ai beaucoup aimé…. Alors je ne la lirai peut-être plus mais elle sera pour moi une plume pour dénoncer, interpeller mais son côté Trash me gêne 😉

    1. Après ma petite investigation, il semble qu’à partir du tome 2, les choses se corsent et qu’outre quelques exceptions, c’est l’ennui ou l’abandon.

      Quoiqu’il en soit, je ne compte pas remettre ça. Du moins, avec Vernon. Par contre, King Kong théorie m’intrigue de plus en plus…

      Reste que c’est une auteurs qui, à mes yeux, trouvent les mots justes pour dénoncer et brasser la cage de la bienséance sociale.

  5. Je ne m’attendais pas à ça !
    J’ai abandonné Vernon alors que j’ai lu plusieurs livres de Despentes mais là, y avait pas moyen, je m’ennuyais vraiment…
    Je ne l’ai pas jeté et ton billet pourrait ( peut-être) me pousser à le reprendre…

    1. Non! Il ne faut pas le reprendre pour autant! Je suis très loin du coup de coeur… J’ignore ce qui m’est arrivée avec ce roman: j’ai été prise dans ses filets, incapable de m’en dépêtrer. Étrange sensation!

      Par curiosité, quel Despentes as-tu préféré?

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