L’amour par temps de crise · Daniela Krien

Le titre n’avait rien pour m’attirer. Un titre repoussoir, même. Les histoires d’amour et moi, c’est rare que ça fait bon ménage. J’ai pris le roman, lu quelques pages et c’était parti. C’est à pieds joints que j’ai sauté dans la vie de ces femmes.

Elles sont cinq. Elles vivent à Leipzig. Elles ont dans la trentaine-quarantaine. Elles sont libraire, médecin, écrivaine, violoniste et actrice. Chacune prend la parole, leur histoire se faisant écho et s’entremêlant, de près ou de loin. Ce genre de construction a le don de toucher ma corde sensible de lectrice.

Les personnages sont bien enveloppés. Il y a matière autour de l’os. L’histoire de la dernière femme m’a particulièrement plu. Le modèle présenté et les choix faits sortent du consensus social. J’ai plissé le front à quelques reprises, notamment en réalisant qu’elles étaient toutes férues de musique classique. En revanche, un truc banal, mais digne d’être souligné: elles se déplacent souvent à vélo. C’est assez rare pour être noté.

Ces femmes et leur vie pleine à craquer d’exigences ne demandent pas la mer à boire. Elles veulent juste être heureuses et épanouies. La recherche de l’équilibre est au centre du roman. Dommage que l’équilibre passe souvent par les hommes. Même s’ils sont relayés au second plan, ils occupent constamment l’esprit de ces femmes. Vraiment constamment.

Je vais mettre de l’eau dans mon vin: j’ai été très bon public. Je n’ai pas pu le lâcher, ce roman. Sous ses airs de roman léger, il camoufle une réelle profondeur. Le ton est direct et rafraîchissant. Avec son regard acéré, Daniela Krien utilise la légèreté de ton et la vivacité des images pour brasser des sujets ultra-contemporains et explorer ce que ça signifie, aujourd’hui, que d’être une femme. Un roman sans effets de manche, d’une introspection fine. J’approuve les mots de la quatrième de couverture: « une radiographie captivante de la femme moderne dans une société en plein bouleversement. »

L’amour par temps de crise, Daniela Krien, trad. Dominique Autrand, Albin Michel, 2021, 327 p.

Note : 3 sur 5.

© unsplash / Ross Sneddon

18 Commentaires

  1. Ah, j’avais levé une oreille lorsque je l’avais vu dans ta pal de rentrée et au lu de ton retour je le confirme dans mes envies de futures lectures ! Je lis très peu de romans allemands, déjà, et vu que tu l’as dévoré, même si ensuite à y repenser, tes étoiles ont fondu, ça me va très bien, en ce moment, je devrais accrocher 😀

    1. On accroche vite! Les personnages sont riches et les problématiques abordées sont très très actuelles.
      Je pense qu’il pourrait beaucoup, beaucoup te plaire.

      Tu m’expliques comment tu fais pour «lever une oreille»?! Ça pourrait être pratique!

  2. J’ai été très surprise de voir ce livre dans ta pal (sur IG) mais contente de voir que tu as aimé finalement. J’ai réagi exactement comme toi sur le titre parce que, comme toi, les histoires d’amour et moi, ça fait deux. Je pense lire l’autrice malgré tout, peut-être en novembre dans le cadre des « feuilles allemandes », mais avec un autre titre.

    1. Je pense qu’il peut rejoindre toutes les femmes, ce roman. Il n’est pas tant question d’amour que de parcours de vie. Et, comme elles sont cinq à prendre la parole, le portrait d’ensemble est, ma foi, plutôt représentatif et très bien tourné. Plus j’y pense, plus il laissera sa marque chez moi. Aussi, je l’ai prêté à une amie et elle l’a dévoré dans le temps de le dire! Bref, ne lève pas le nez trop vite!

  3. Il est dans ma top liste ! Le coup de la musique classique, c’est un bon point pour moi. Mais je pensais que c’était un roman qui parlait de la vie de femme/carrière/maternité, plus que de l’amour …

    1. Tu n’as pas tort. C’est bien ce qu’il y a au premier plan: vies de femmes/carrière/maternité (ou non). Mais derrière, l’homme (parti, présent, désiré) est constamment présent. Aussi, je ne dirais pas qu’il s’agit d’un roman d’amour. Je suis seulement étonnée, voire désolée, que parmi toutes ces femmes indépendantes, l’idée du couple semble la seule voie souhaitable-désirable-normale. Heureusement, la dernière histoire apporte une autre ouverture. Que j’ai trouvé rafraichissante.

      Pour la musique classique, je trouve suspect que ces cinq femmes, aux parcours et aux goûts différents, soient toutes de grandes amatrices de musique classique. Si au moins l’une d’elle écoutait un autre style de musique, ou n’en écoutait pas, ça m’aurait moins étonnée.

      Je suis curieuse de savoir ce que tu en penseras. Mon petit doigt me dit qu’il devrait te plaire, ce roman.

    2. Je viens de le terminer, j’en parle bientôt … sans surprise, j’ai adoré ! Et j’ai vu la musique classique comme une sorte de fil conducteur entre les personnages, un lien, un clin d’oeil 😉

    1. Oui, en poche, ou pas. Il y a plusieurs points forts intéressants, dans ce roman. Vraiment. Des parcours différents, des femmes indépendantes, etc. Je l’ai dévoré. C’est avec le recul, à trop y avoir repensé, que mon nombre d’étoiles a fondu.

  4. Le titre, la couverture… il n’avait pas attiré mon attention au premier coup d’œil et malgré ton retour positif, je ne pense pas m’arrêter dessus car beaucoup (trop) d’autres romans me font envie en ce moment.

    1. Tu as la couenne dure! Je précise: ce n’est pas un roman d’amour, même s’il en est question. On tourne autour du pot plutôt qu’on ne le fait!
      Mais ce n’est pas moi qui vais te dire de céder. Il y a tant, voire trop à lire.

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