Orange amère · Ann Patchett

Mes a priori peuvent avoir la couenne dure. J’ai longtemps boudé Orange amère. Malgré les avis élogieux de lectrices de bon goût. La faute à la couverture un brin racoleuse? À la quatrième bof bof? Dans un creux de vague de lectures, j’ai décidé d’aller voir de quoi il en retournait afin de comprendre pourquoi vous êtes si nombreuses à avoir adoré ce roman.

J’ai commencé Orange amère avec ma mauvaise foi dans la poche. Le début m’a semblé un brin tiré par les cheveux. Ce baiser échangé entre la si belle et si renversante Beverly et Albert, qui s’est invité au baptême du bébé de la si belle et ravissante Beverly… Je me suis dit que le baiser était dû au gin-jus d’orange coulant à flots et que les deux étaient passablement éméchés. Ça m’a aidé à avaler le poisson. Après, c’est vite devenu addictif et franchement intéressant.

Ce baiser a des conséquences. C’est le cours de la vie de six enfants et de leurs parents qui s’en trouvera bouleversé. Le premier chapitre s’ouvre sur le baptême de Franny. Dans le deuxième, cette même Franny, maintenant adulte, accompagne son père en chimio. Ces deux premiers chapitres sont comme des serre-livres. Entre les deux, la vie des Keating et des Cousins se déploie à différentes étapes de leur vie.

Avec une virtuosité qui m’a laissé béate d’admiration, Ann Patchett fait parler tour à tour chaque membre de la famille Keating-Cousins. L’intrigue, faite de bonds dans le temps et de retours dans le passé, court sur une cinquantaine d’années. Variant les voix, les angles et les points de vue, elle compose un roman tentaculaire. L’ordinaire de l’histoire est le support d’un sujet qui traduit ce qu’il y a de plus complexe dans la nature humaine.

Pour sortir mes gros sabots: Orange amère est une des meilleures sagas familiales que j’aie lue depuis très très longtemps. Je l’ai trouvé magistral, ce roman.

Y’a pas que moi qui ai succombé au charme de Orange amère: Mumu dans le bocage, Ingannmic et Electra aussi.

Orange amère, Ann Patchett, trad. Hélène Frappat, Babel, 2019, 304 p.

Note : 5 sur 5.

 © unsplash / Eduardo Gorghetto

24 Commentaires

  1. Hé, hé, conquise toi aussi, alors (mais je n’avais pas trop de doute…). Moi aussi je partais avec des a priori, suite à ma 1ère expérience un peu ratée avec Patchett. Mais là, oui, quelle virtuosité ! et en même temps c’et subtil, sans gros sabots justement, elle amène les choses mine de rien, de manière détournée.. un très beau texte.

      1. Ah, merci pour cet éclairage. Je l’avais noté après ma lecture de Orange amère et de La maison des Hollandais! Je sais que je lirai à nouveau Patchett, mais avec ses futurs romans, pas avec ses plus anciens.

  2. Merci pour le lien…. Je te recommande La maison des Hollandais que j’ai beaucoup aimé mais sûrement parce que j’aime tout ce qui touche les maisons mais aussi parce qu »elle construit très habilement ses récits…. Allez laisse toi tenter 🙂

    1. Tu seras ravie avec ces deux histoires. La construction de Orange amère est plus complexe et la richesse des personnage fascinante. La maison des Hollandais, quoique plus traditionnellement construit, est tout aussi happant, justement à cause de la place occupée par cette maison incroyable. Deux excellents romans!

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