Nous vivions dans un pays d’été · Lydia Millet

Quel étrange roman… Roman allégorique? Roman intergénérationnel? Roman sur le passage à l’âge adulte? Dystopie environnementale? Fiction climatique? Il y a un peu de tout ça, dans le nouveau roman de Lydia Millet.

Une grande maison louée pour les vacances. C’est là que les parents, d’anciens amis d’université, se retrouvent le temps d’un été. Avec eux, leurs enfants. Ils sont douze, la plupart adolescents. Les parents ont leur vie, les enfants ont la leur. Les premiers boivent du matin au soir, fument, baisent à droite et à gauche. Une tempête survient. La pluie tombe, le vent se lève, les eaux montent, les arbres virevoltent. L’électricité meurt. Que faire quand les adultes démissionnent?

Evie, seize ans, raconte. Elle raconte comment leurs parents leur foutent la honte; comment, de les regarder de haut, entre mépris et condescendance, les amuse. Jack, le petit frère d’Evie, a reçu une Bible illustrée en cadeau. Depuis, il cherche des signes, fait des parallèles entre les mots du livre sacré et leur quotidien chamboulé: le déluge, le sauvetage des animaux, le bébé né dans une étable, les trois anges, l’apocalypse. Il est brillant, cet enfant!  

D’un roman sur la rébellion, on en vient à un roman survivaliste. Les enfants prennent les choses en main, s’organisent. Les plus vieux veuillent au grain, gardent un œil sur les plus jeunes.

Même si tout ce qui se passe est fondamentalement crédible, quelque chose sonne faux. Ma foi, ces parents pourraient tous être accusés de négligence parentale! Une telle défection m’apparaît suspecte. L’hyper maturité des enfants aussi. Le lien avec la Bible – outre l’interprétation remarquable de Jack – m’a semblé un brin forcé. J’ai eu du  mal avec le manque de consistance des personnages secondaires. Il m’a fallu un certain temps avant de m’y retrouver. Il y en a tellement qu’ils deviennent difficiles à distinguer.

La morale de cette histoire? Les prochaines générations devront payer pour le dérèglement climatique que les précédentes ont créé. Je pense que ça peut se résumer à ça.

À ce point de ma vie personnelle, j’acceptais la fin du monde. Du monde familier, en tout cas. Nous étions nombreux à l’accepter. […] Les parents persistaient dans leur tactique de déni. Pas dans le déni de la science à proprement parler – ils étaient progressistes. Disons plutôt dans un déni de réalité. Une poignée d’entre eux nous avaient envoyés à des stages de survie, au cours desquels les plus chanceux avaient appris à faire des noeuds. À dépanner des moteurs, voire à stériliser de l’eau stagnante sans filtre chimique. Mais la plupart d’entre eux avaient une attitude simple: faire comme si de rien n’était.

Nous vivions dans un pays d’été, Lydia Millet, trad. Caroline Bouet, Les Escales, 2021, 247 p.

Note : 2 sur 5.

© unsplash / Kyle Cleveland

8 Commentaires

  1. Merci de ta chronique qui permet de faire du tri dans la rentrée littéraire et il y en a tellement dont on parle pas. Et puis moi les annonces sur la couverture qui nous promettent le meilleur livre de l’année sont un critère qui souvent révèlent une lecture très décevante…. 🙂

    1. Je suis pro tri! C’est économique et ça laisse plus de temps pour tous ces romans dont on ne parle malheureusement pas.

      Quant aux bandeaux… Plus ils sont flamboyants, plus il faut s’en méfier!

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